CHAPITRE XI
X° Prop. Que l’Étre existant par lui-même, la cause suprême de toutes choses possède une puissance infinie,
Cette proposition est évidente et incontestable. Car, puisqu'il n’y a que Dieu seul qui existe par soi-même, comme nous l'avons prouvé ci-dessus, puisque tout ce qui existe
CHAPITRE XI. 19 dans | 40 a été fait par lui, et dépend absolument de lui : et enfin puisque tout ce qu’il y a de puissance dans le monde vient de lui, et lui est parfaitement soumis et subordonné : qui ne voit qu'il n’y a rien qui puisse s'opposer à l'exécution de sa volonté? Il faut donc, de toute nécessité, reconnaître qu'il a une puissance sans bornes; qu’il a le pouvoir de faire tout ce qu’il lui plaît, et cela avec la plus grande facilité, et de la manière la plus parfaite qu'il soit possible de concevoir. Il y a tant de force et de sublimité dans la description que l’Écriture nous fait de son pouvoir suprême, que je ne puis m'empêcher d’en rapporter ici quelques traits : « Il est sage de cœur et puissant en force, dit « Job au chap. IX. Qui est-ce qui s’est opposé à lui et s’en « est bien trouvé? Il transporte les montagnes et les ren- « verse en sa fureur. Il ébranle la terre de son lieu et il fait « trembler ses piliers. C’est lui qui parle au soleil et il ne se « lève point, il tient les étoiles sous son cachet. C’est lui seul «qui étend les cieux, et qui marche sur les ondes de la « mer; qui fait des choses si grandes qu’il n’est pas possible « de les sonder, et des merveilles en si grand nombre qu’il « n’est pas possible de les compter. » — « L'enfer, dit-il dans « un autre endroit, est nu devant lui, et le gouffre n’a point « de couverture; il étend sur le vide, et tient la terre sus- « pendue sur un rien : il enferme les eaux dans les nuées, «et la nuée ne s'éclate point sous elles. Les colonnes des « cieux s’ébranlent, et s’étonnent à sa menace. Il fend la « mer par sa vertu, et rompt par son adresse les flots quand «ils s'élèvent. Voilà tels sont les bords de ses voies, et com- « bien est petite la portion que nous en connaissons? Qui « est-ce qui comprendra tout le bruyant éclat de sa puis- « sance? » Job XXVI, v. 6, etc. — « Qui est-ce, dit aussi le « prophète Isaïe au chap. XL de ses Révélations, qui est-ce « qui a mesuré les eaux avec le creux de sa main, et qui a « compassé les cieux avec sa paume? Qui est-ce qui a me- « suré la poussière de la terre? Qui a pesé les montagnes au
« crochet et les coteaux à la balance? Voici, toutes les na- « tions sont comme une goutte dégouttante d’un seau et sont « réputées comme la menue poussière d’une balance. Toutes « les nations sont devant lui comme un rien, il les tient pour «moins que rien, et pour choses de néant. À qui donc « ferez-vous ressembler le Dieu fort, et quelle ressemblance « lui approprierez-vous? » Je n’ignore pas que toutes ces autorités ne sont d’aucun poids auprès des personnes contre qui je dispute. Je ne prétends pas aussi m'en prévaloir contre eux. Les seules lumières de la’droite raison me suffisent pour être persuadé que la cause suprême doit nécessairement être infiniment puissante. S'il y a quelque chose qui ait besoin d’éclaircissement, c’est la question de l’étendue de ce pouvoir absolu que la cause suprême possède incontestablement.
Je remarque d’abord qu’un pouvoir infini embrasse toutes les choses possibles, mais qu'il ne s'étend pas à celles qui impliquent contradiction. Il ne peut pas faire, par exemple, qu’une chose soit ou ne soit pas en même temps; qu’elle ait été et n’ait pas été, que deux fois deux ne fassent pas quatre, que ce qui est nécessairement faux soit vrai, et telles autres choses semblables. La raison en est évidente. Le pouvoir de faire qu'une chose soit ou ne soit pas en même temps, n’est pas un véritable pouvoir. Ce n’est rien de positif, c’est au contraire une pure négation. |
Je dis, en second lieu, qu’on ne peut pas dire qu’une puissance infinie s’étende jusques aux choses qui supposent une imperfection naturelle dans l’Être à qui cette puissance est attribuée. Par exemple, on ne peut pas dire qu’un Être infiniment puissant se puisse détruire lui-même, qu’il puisse s’affaiblir, et ainsi du reste. Ce sont toutes choses qui marquent une imperfection naturelle, et qui, par conséquent, ne sauraient se rencontrer dans l’Être qui existe nécessairement et par lui-même. Il v a des imperfections d’une autre espèce, je veux.dire des imperfections morales, Mais il n’est