‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 46 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pas nécessaire d’en parler maintenant, puisque les athées nient absolument la différence entre le bien et le mal moral. J’attendrai donc à en parler que j'en sois venu à l’article des attributs moraux de la Divinité.

Il n’y a, à proprement parler, aucune dispute sur les propositions que je viens de mettre en avant. Aussi ne les ai-je fait qu'indiquer. Il n’en va pas de même de celles qui suivent. Si vous en exceptez la question de l'intelligence de la cause suprême, il n’y en a point que les athées combattent plus ardemment et sur quoi ils se roidissent plus fortement. La première de ces propositions est, que-le pouvoir de créer la matière est renfermé dans l’idée d’une puissance infinie. Tout ce qu'il y a jamais eu d’athées, tant anciens que modernes, a pris constamment la négative de cette proposition, et tous ceux qui ont cru l'existence d’un Dieu, et qui ont eu des idées saines de ses attributs, se sont déclarés au contraire pour l’affirmative. L’unique raison que l’athée puisse alléguer en faveur de son opinion, c’est que la chose est impossible, d’une impossibilité absolue et naturelle. Mais pourquoi leur paraît-elle si impossible? Cest, disent-ils, qu’il ne leur est pas possible de comprendre comment elle peut être. Pour la contradiction (qui est pourtant la seule impossibité réelle), il ne leur pas possible de démontrer qu’il y en ait aucune. Car queHe contradiction y a-t-il à dire, qu’une chose qui n’était pas auparavant, a commencé d'exister dans la suite? Il y a une grande différence entre ce langage et celui-ci, « une chose est et n’est pas en même temps. » Ce dernier est une contradiction directe et formelle, mais il n’y a dans l’autre ni contradiction directe n1 indirecte. Il est vrai qu’accoutumés à ne voir que des choses qui viennent au monde par la voie de ‘la génération ou d’autres qui périssent par voie de corruption, et n'ayant jamais vu de création, nous sommes sujets à nous faire une idée de la création toute semblable à celle de la formation. On s’imagine que comme toute formation suppose une matière préexistante, ainsi, il

faut, malgré qu’on en ait, supposer en matière de création je ne sais quel néant préexistant, duquel, comme d’une matière réelle, les choses créées ont été tirées. Je conviens que cette notion a, en effet, un grand air de contradiction. Mais qui ne voit que ce n’est là qu’une pitoyable confusion d’idées? Il en est en ce point comme des enfants qui s’imaginent que l'obscurité est un être réel que la lumière chasse le matin, ou.qui est transformé en lumière. Pour avoir une juste idée de la création, il ne faut pas se la figurer comme la formation d’une chose qui est tirée du néant, considéré comme cäuse matérielle. Créer, c’est donner l'existence à une chose qui ne l’avait pas auparavant; c’est faire qu'une chose qui n'existait pas auparavant, existe maintenant. Je défie qui que ce soit de me faire voir de la contradiction dans cette idée. Il n’y en a pas plus qu’il y en a dans la notion d’un être, qui, après avoir eu une forme, en revêt en— suite une nouvelle. Si les athées, après tout, étaient gens à avouer la vérité, il se trouverait que toutes leurs objections se réduisent à ce misérable argument : Que la matière n’a pu commencer à exister lorsqu'elle n’était pas, parce que ce serait supposer qu’elle était avant qu’elle fût. Et que, d’un autre côté, elle n’a pu commencer. à exister dans le temps qu’elle était, parce que ce serait supposer qu’elle n’était pas après qu’elle était. Cet argument est tout semblable à celui de ce philosophe qui prétendait prouver qu'il n’y avait point de mouvement, parce que, disait-il, il n’est pas possible qu'un corps se meuve, « ni dans le lieu où il est, ni dans le lieu où il n’est pas. » Ces deux sophismes étant précisément les mêmes, la même réponse peut servir à l’un et à l'autre. La création de la matière, au reste, est si peu impossible, qu’elle est démontrable par la raison toute seule. En effet, j'ai fait voir ci-dessus que la supposition de l’existence nécessaire de la matière était une contradiction.

La seconde proposition que je mettrai en avant, c’est qu'une puissance infinie peut créer une substance immaté—

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