‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 47 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

rielle, une substance qui pense , revêtue du pouvoir de commencer le mouvement, et de la liberté de vouloir et de choisir. Tous les athées s'accordent à nier et à rejeter cette proposition. Or, comme c’est une proposition de la dernière importance en matière de religion et de morale, je me propose de la prouver, par parties, le plus solidement qu’il me sera possible.

Je dis donc 4°. qu’une puissance infinie a le pouvoir de créer une substance immatérielle qui pense. Tout le monde convient qu’une substance qui pense, c’est-à-dire une substance revêtue de la faculté de connaître et de penser, est une chose très-possible. Le moyen d’en douter, puisqu'il n’y a personne qui ne soit intérieurement convaincu par sa propre expérience, qu’il y a en lui une substance pensante. Je ne crois pas aussi que personne me dispute, qu’en cas qu’il y ait des substances immatérielles, 1l y a toutes les raisons du monde de croire que ces substances immatérielles sont celles en qui l’on trouve la connaissance et la pensée, qui sont les propriétés les. plus éloignées et les moins ressemblantes aux propriétés connues de la matière qu’on puisse imaginer. Voici donc l’unique chose qu’il faut prouver : Que l'idée d’une substance immatérielle ne renferme aucune im: possibilité, et n’implique point contradiction.

Ceux qui prétendent le contraire sont obligés de dire, que tout ce qui n’est pas matière n’est rien. Il faut qu’ils soutiennent que celui qui dit qu’une chose qui n’est pas matière existe , dit une aussi grande absurdité que s’il disait, qu’il y a quelque chose qui existe qui n’est pourtant rien. Ce qui exprimé d’une autre manière, revient à ceci : Que toutes les choses dont nous n’avons point d'idée ne sont que de pures impossibilités. Il n’y a point, en effet, d'autre voie de prouver que l’idée d’une chose immatérielle est une idée contradic— toire, que de prouver qu'être immatériel et n’avoir point d'existence sont des phrases synonymes. Et toute la preuve qu’il soit possible d’en donner, c’est de poser pour une chose

constante, que nous n'avons point d'idée de ce qui est immatériel, que tout ce dont nous n’avons point d'idée ni n'existe, ni ne saurait exister. Je ne veux pas me prévaloir ici de la fausseté insigne de la supposition que ceux contre qui je dispute sont obligés de faire : que nous avons une idée claire de l'essence de la matière , et que nous n’avons aucune idée de la substance immatérielle. Je dis seulement, que leur manière de raisonner est toute semblable à celle d’un aveugle-né qui soutiendrait que la lumière et les couleurs sont des choses impossibles et contradictoires, par cette belle raison qu’il n’en a, quant à lui, aucune idée. Car la lumière et les couleurs sont des choses aussi incompréhensibles, et aussi fort au-dessus des idées d’un aveugle-né, que le puissent être l'essence et les opérations d’une substance purement immatérielle. Si donc le défaut d'idée dans l’avéugle n’est pas une preuve suffisante de l’impossibilité de la lumière et des couleurs, de quel droit peut-on prétendre, que le défaut de nos idées soit une bonne preuve de l’impossibilité de l’existence des substances immatérielles? Mais un aveugle, dira-t-on, a le témoignage des autres hommes qui lui certifient que la lumière existe. Fort bien. Mais n’avons-nous pas aussi des témoignages pour l’existence des substances immatérielles? Qui ne voit d’ailleurs, que si l’athée en appelle au témoignage, il nous donne entièrement gain de cause? Nous avons de plus cet avantage-ci dans cette comparaison , que Si l’on ôte à un aveugle le témoignage d'autrui, il ne trouvera, par son raisonnement, quoi qu’il fasse , ni apparence, ni probabilité à l'existence de la lumière et des couleurs : au lieu qu’outre le témoignage nous avons l’expérience et le raisonnement, qui nous fournissent des arguments pleins de force et de solidité pour l'existence des substances immatérielles, quoique nous ignorions en quoi consiste leur essence. C’est ce que nous découvre, dans les choses mêmes inanimées, le grand principe de la gravitation dont j'ai fait mention ci-dessus. Car, puisque cette !

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