CHAPITRE XI
cause quelle qu’elle soit, agit exactement sur les corps, proportionnellement à la quantité de leur matière solide, et non pas à proportion de leurs superficies *; il est évident qu’elle ne peut pas venir de la matière qui n’agit ni ne peut agir que sur les superficies des corps, mais qu’elle doit venir de quelque chose qui pénètre continuellement la substance s0— lide des corps. C’est ce qui parait d’une manière encore plus évidente dans les animaux qui ont la faculté de se mouvoir eux-mêmes, et surtout dans ceux qui, étant plus parfaits que les autres, ont aussi de plus excellentes facultés. Nous voyons tous les jours, nous sentons, nous remarquons, et hors de nous et en nous-mêmes, des facultés, des perceptions et des opérations qui sont incontestablement des propriétés des substances immatérielles. On dira, peut-être, que nous avons aussi peu d'idée de la substance intérieure et des facultés essentielles de la matière que des êtres purement immatériels. Mais on ne saurait parler ainsi sans détruire l’objection que je réfute, sur la prétendue impossibilité d’une substance qui n'est pas matière. C’est de quoi nous sé de plus amplement dans la suite.
Ce que j'ai dit jusqu'ici suffit pour dissiper les difficultés que les athées font sur la notion des âmes humaines, et pour répondre à toutes les objections qu’ils mettent en avant pour combattre ceux qui croient que ce sont des substances spirituelles distinctes du corps. Car, puisqu'il est possible qu’il y ait des substances immatérielles, et puisque toutes les raisons du monde nous portent à croire qu’en cas qu’il y ait des substances immatérielles, ce doit être des substances qui réfléchissent et qui pensent, la réflexion et la pensée étant des propriétés aussi éloignées des propriétés connues de la matière qu’il soit possible de concevoir, voilà le grand fondement des objections contre l’immatérialité de l’âme entièrement ruiné. Je ne m’arrêterai pas à réfuter ces objec-
af
! Vid. Newron Pyrincip., pag. ultim,
tions l’une après l’autre; c’est ce que plusieurs auteurs savants et judicieux ont fait avec beaucoup de solidité et d'élégance ; je n’en toucherai qu’une seule d’où les autres dépendent, et à laquelle elles viennent toutes aboutir. On dit que, puisque toutes nos idées viennent de nos sens, et que nos sens dépendent évidemment des organes de notre corps , il s’ensuit que notre âme n’a point d'idée indépendamment du corps, et par conséquent qu’elle n’est rien ?. Je pourrais répondre à cela que, bien qu’il soit vrai que nos sens peuvent être interrompus dans leurs fonctions par des maladies corporelles, et qu’ainsiil n’y ait point de doute qu’ils ne dépendent des organes de notre corps, au moins dans ce qui regarde leurs fonctions, il est certain cependant que ce sont des facultés réellement et entièrement distinctes du corps, qui ne peuvent être sorties d'aucune des propriétés de la. matière qui nous sont connues. Mais je laisse à part cette réponse, et je demande à ceux qui nous proposent cette objection, s’ils croient, en bonne foi, qu’il soit impossible, d’une impossibilité absolue et naturelle, qu’il y ait d’autres sens naturels que les cinq que nous possédons? Peut-on dire qu’il y ait de l’absurdité et de la contradiction à concevoir des êtres doués d’autres sens naturels, différents de ceux qui entrent dans notre constitution présente? Ne sont-ce pas au
. — Si immortalis natura animai est, Et sentire potest secreta a corpore nostro :
Quinque (ut opinor ) eam faciundum est sensibus auctam. Nec ratione alia nosmet proponere nobis, Possumus infernas animas Acheronte vagare :
Pictores itaque et scriptorum sæcla priora Sic animas introduxerunt sensibus auctas.
At neque seorsum oculi, neque nares, nec manus ipsa Esse potest anima ; neque seorsum lingua, nec ares Absque anima per se possunt sentire, nec esse,
Lucrer., lib. 111, 624 et seqq.
Ocwy yap Éctiy a pyéy ñ Évépyeux cuRaTLxA , Ofhoy OTL TaÛTAS dvEU cuparos &ddyxToy dnapysis" oloy Badibeiy dyev modciy. ARISTOTEL.