‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 51 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

quinze, à moins, dis-je, d’une démonstration pareille, on devrait avoir honte de tenir un semblable langage. Je ne sais de quoi on ne devrait pas douter, plutôt que de douter d’une chose de sentiment, telle qu'est celle qui regarde le pouvoir que nous avons de penser et de nous remuer. Parmi ceux que je combats ici, il y en a qui ont pris une espèce de milieu; Car, bien qu’ils nient que l’homme ait le pouvoir de commencer le mouvement, ils lui attribuent pourtant celui de le déterminer. Mais ce n’est qu’un misérable jeu de mots; car, Bi ce pouvoir de détermination du mouvement qu’ils assignent à l’homme n’est autre chose que le pouvoir qu'a une pierre de réfléchir une balle d’un certain côté, ce pouvoir et rien est la même chose. Mais si on lui attribue le pouvoir de déterminer le mouvement d’un côté plutôt que d'un autre, et comme il lui plait, je ne vois pas qu’il y ait aucune différence entre ce pouvoir et celui de commencer le mouvement qui est celui sur lequel roule la dispute.

Je dis, en troisième lieu, qu’une puissance infinie peut revêtir une créature de la faculté de vouloir et de vouloir avec liberté. Je pourrais me contenter de renvoyer ici mon lecteur aux arguments que je viens de faire pour prouver que le pouvoir de commencer le mouvement, ou de se mouvoir soi-même, est une chose dont la créature est capable. En effet, les mêmes arguments qui prouvent que l’homme a le pouvoir de se mouvoir, prouvent aussi qu’il a une volonté libre. Premièrement, j'ai démontré fort au long, dans ma neuvième proposition générale, qu’il faut, de toute nécessité, que la cause suprême soit un agent libre, d’où il s'ensuit que la liberté n’est de sa nature ni impossible ni contradictoire. J'ai dit ensuite qu’il n’y à nulle contradiction à supposer que la cause suprême communique cette liberté à d’autres êtres, et qu’il n’y a dans cette communication rien de plus difficile à concevoir que dans la communication du pouvoir de commencer le mouvement dont je viens de parler. Enfin, j'ai dit que les arguments que l'expérience

nous fournit pour prouver la liberté de l’homme, sont mille fois plus forts que toutes les objections qu’on peut faire sur la difficulté de concevoir’la chose et d’en expliquer la manière. Je pourrais, si je voulais, en demeurer là; mais comme c’est ici une question de la dernière importance , et qui a une très-grande influence sur la religion et sur la conduite de la vie humaine , il ne sera pas mauvais de nous y arrêter un peu davantage pour dissiper les ténèbres que Spinoza , Hobbes et leurs sectateurs se sont efforcés de répandre sur cette matière, et pour faire voir la faiblesse des arguments, dont ils font tant de bruit, qu’ils allèguent avec de grands airs de confiance, et par lesquels ils prétendent démontrer que l’homme n'est point libre, et que la faqulté qu’on lui attribue , de vouloir avec liberté, n’est qu'une faculté imaginaire. Il ne s’agit pas, au reste, de rechercher si, à parler proprement, on peut dire que la volonté soit le siége de la liberté, car la question entre ces messieurs et nous ne consiste pas à savoir où est le siége de la liberté ; il est question de savoir s’il y a dans l’homme une liberté de choix, un pouvoir de déterminer ses propres actions , ou si ses actions sont aussi nécessaires que les mouvements d’une pendule. Nous pouvons réduire tous les arguments dont Spinoza et Hobbes se sont servis pour établir cette étrange hypothèse à ces deux :

Ils disent premièrement que, puisque tout effet présuppose une cause, et. que, de la même manière que tout mouvement qui arrive dans un corps lui est causé par l'impulsion d’un autre corps, et le mouvement de ce second par l’impulsion d’un troisième, ainsi, chaque volition ou chaque détermination de la volonté de l’homme doit nécessairement être produite par quelque cause extérieure et celle-ci par une troisième, d’où ils concluent que la liberté de la volonté n’est qu'une chimère.

Ils disent en second lieu, que la pensée avec tous ses modes, comme la volonté et autres choses semblables, ne

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