‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 52 sur 154 · CHAPITRE XI. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. a

sont que des affections, ou des qualités de la matière, et par conséquent, qu'il n’y a point de liberté de volonté, puisqu'il est évident que la matière n’a pas en elle-même le pouvoir de commencer le mouvement ou de se donner à elle-même la moindre détermination.

J’opposerai à ces arguments les trois propositions suivantes, dont je donnerai la preuve le plus brièvement qu’il me sera possible :

Ma première proposition est, qu’il est faux que tout effet soit le produit de quelque cause externe : qu’au contraire il faut de toute nécessité reconnaître un commencement d’action, c’est-à-dire un pouvoir d'agir indépendamment d’aucune action antécédente; et que ce pouvoir peut être et est effectivement dans l’homme. l

Ma seconde proposition est, que la pensée et la volonté ne sont ni ne peuvent être des qualités ou des affections de la matière, et ne sont, par conséquent, point soumises à ses lois.

La troisième enfin, que quand bien même l’âme ne serai pas une substance distincte du corps, et qu’on supposerait que la pensée et la volonté ne sont que des qualités de la matière, cela même ne prouvérait pas que la liberté de la volonté fût une chose impossible.

Je dis premièrement, que tout effet ne peut pas être pro— duit par des causes externes, mais qu’il faut, de toute nécessité, reconnaître un commencement d'action, c’est-a-dire, un pouvoir d'agir indépendamment d'aucune action antécédente, et que ce pouvoir peut être et se trouve actuellement dans l’homme. Je n’ai pas besoin de m’arrêter ici à prouver les diverses branches de cette proposition. C’est ce que j'ai déjà fait par avance dans ma seconde et ma neuvième propositions générales, et dans cette partie de la proposition que j'ai présentement en main, où j'ai fait voir que le pouvoir de commencer le mouvement, et de se mouvoir soi-même, est une chose qui peut être communiquée aux êtres créés par la cause suprême. Je ne répéterai donc point les preuves déjà

alléguées, je me contenterai d’en faire l'application à Spinoza et à Hobbes, et de faire voir la faiblesse des arguments dont ils se servent pour anéantüir, s’il leur était possible, le dogme de la liberté de la volonté. Voici comment ils argumentent : ils disent, « que tout effet! suppose une cause qui le produit « nécessairement, parce que si la cause est suffisante elle «produira immanquablement son effet, et si élle n’était pas « suffisante , elle ne serait pas cause. » Aïnsi, ajoutent-ils, «tout corps qui est mû, est mü par un autre corps, ce « second par un troisième ?, et ainsi de suite à l'infini. » Ils soutiennent qu’il en est de même de la volonté 5; ils disent, « qu’elle ne se détermine point elle-même en vertu d’une « faculté, qui lui soit inhérente, mais que sa détermination «lui vient de quelque cause externe : que cette cause « externe * est déterminée à son tour par une autre, celle-ci « par une troisième, et ainsi de suite à l'infini. » Je remarque d’abord, que tout ce que ces auteurs allèguent contre la

L« Quicunque unquam effectus productus sit, productus est a causa necessaria. Nam quod productum est causam habuit integram , hoc est omnia ea quibus suppositis effectum non sequi intelligi non possit, ea vero causa necessaria est. » Hopses, Philos. prima, cap. 9.

? « Corpus motum vel quiescens, ad motum vel quietem determinari debuit ab alio corpore, quod etiam, etc. » Ué supra, Spin, Eth., p. 2, Prop. XIII, Lem. III.

3 « Unaquæque volitio non potest existere, neque ad operandum determinari , nisi ab alia causa determinetur, et hæ&c rursus ab alia , et sie porro in infinitum. » In., &bid., Prop. XXXII, Demonstr.

# Je conçois qu’il n’y a rien qui se soit donné à soi-même son commencement, mais qu’il l’a reçu de l’action de quelque agent immédiat hors de soi. Ainsi lorsqu'un homme commence à désirer, ou à vouloir quelque chose qu’il ne désirait ni ne voulait auparavant, la cause de cette volonté ne vient pas de la volonté même ; mais de quelque autre chose qui n’est nullement en sa disposition. Horses, Debate with Ep. BRAMHALL, p. 289.

« In mente nulla est absoluta sive libera voluntas : sed mens ad hoc vel illud volendum determinatur a causa quæ etiam ab alia determinata est, et hæc iterum ab alia et sic in infinitum. » Spix., Eth., part. 2, Prop. XLVIII,

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