CHAPITRE XI
liberté de l’homme, attaque également la liberté de tous les autres êtres sans en excepter même celle de l’Être suprême, et Spinoza l’avoue ? en propres termes. Voici donc à quoi aboutit cette prétendue démonstration. dont on fait tant de bruit. Il en résulte cette conclusion absurde et extravagante au dernier point : « Qu'il n’y a nulle part ni ne saurait y « avoir aucun principe de mouvement, ou commencement « d'action; mais que tout ce qui arrive, arrive nécessaire « ment en vertu d’une chaîne éternelle de causes dépen-— « dantes et d'effets à l'infini, sans cause indépendante et «originale. » J'ai donc réfuté tous leurs arguments par avance dans ma seconde proposition générale, et dans la neuvième, Où j'ai prouvé qu'il faut nécessairement qu'il y ait un Être indépendant et original, et un principe libre de mouvement et d'action, et que la supposition d’une succession infinie de causes et d’effets dépendants l’un de l’autre, sans cause première et originale, est la chose du monde la plus absurde et la plus contradictoire. Outre que par surabondance de droit, j’ai démontré de plus dans le commencement de ce chapitre , que le pouvoir de commencer le mouvement est une chose non-seulement possible, mais aussi certaine, et que c’est un pouvoir qui peut être communiqué à des êtres finis, puisqu'il se trouve actuellement dans l’homme.
Je dis en second lieu que la pensée et la volonté n'étant point des qualités de la matière, elles ne peuvent pas, par conséquent, être soumises à ses lois. J’ai déjà prouvé dans ce chapitre, que la notion d’une substance immatérielle, vayant rien qui implique contradiction, il est très-possible qu’il y en ait. J'ai fait voir aussi, dans ma huitième proposition générale, que la pensée et la volonté sont des facultés
entièrement distinctes de la matière, et que, puisqu'elles en,
sont distinctes, elles ne peuvent ni être sorties du sein de la” matière ni en avoir été composées. Or, puisque la | et.
« Hinc sequitur, Deum non operari ex libertate voluntatis. » sh, C mi Cor. ad Prop. XXXII. 2
la volonté ne sauraient être des qualités ou des affections de la matière, il est certain et indubitable que ce sont des facultés de la substance immatérielle. 11 faut en convenir, à moins qu'on ne confonde les idées des choses, et qu'on ne donne au terme de matière un sens entièrement différent de l'usage commun. C’est-à-dire qu’au lieu que dans lusage commun le terme de matière est employé pour signifier une substance solide, divisible, et capable de figure et de mouvement, il faudra entendre par cette expression, comme font quelques-uns, ou la substance en général, ou une substance inconnue, dont Les propriétés sont toutes différentes de celles dont je viens de parler. Mais quand on admettrait ce dernier sens, nos adversaires n’en seraient pas plus avancés, comme je le ferai voir tout à l’heure. En attendant, je remarquera qu’à prendre le terme de matière dans son sens propre et ordinaire, rien au monde ne peut être plus absurde que de supposer que la pensée et la volonté soient des qualités ou des affections de la matière. Je n’en veux point d’autre preuve que le système ridicule et insensé auquel Hobbes est obligé d’avoir recours, pour expliquer la nature et l’origine des sensations. « Voici, dit-il, en quoi consiste la cause im- « médiate! de la sensation. L'objet vient presser la partie « extérieure de l'organe et cette pression pénètre jusqu’à la « partie intérieure : là se forme la représentation ou l’image
! «Ex quo intelligitur sensionis immediatam causam esse in e0, quo sensionis organum primum et tangit et premit. Si enim organi pars extima prematur, iila cedente premetur quoque pars quæ versus interiora illi proxima est, et ita propagabitur pressio, sive motus ille, per partes organi omnes usque ad intimam. — Quoniam autem molui ab objecto per media ad organi partem intimam propagato, sit aliqua totius organi resistentia sive reactio, per motum ipsius organi internum naturalem ; fit propterea conatui ab objecto, conatus ab crgano contrarius : Ut cum conatusille ad intima, ultimus actus sit eorum qui fiunt in actu sensionis, tum demum ex ea reactione aliquandiu durante, ipsum existet phantasma; quod propter conatum versus externa, semper videtur tanquam aliquid situm extra organum. » Hozzes, de Sensione et Motu animali.