CHAPITRE XI
parler fort improprement que d’appeler un mal le néant dans lequel il les aurait laissées, supposé qu'il ne leur eût pas donné l’existeñce, ainsi, on ne saurait appeler mal le manque de facultés ou de perfections qui n’ont jamais appartenu à leur nature. Le second genre de mal, à qui nous donnons le nom de mal naturel, est, ou une suite nécessaire du premier, telle est la mort à une créature qui n’a pas été faite pour être immortelle, et celui-ci porte le nom de mal aussi improprement que le premier : ou bien c'est un mal qui se trouve contre-balancé par des biens aussi grands et même plus grands que n’est le mal : de ce nombre sont les aflictions et les souffrances des gens de bien, qui ne sont point à contre- peser avec la gloire qui doit étre révélée en eux; ce qui fait qu'à proprement parler aussi, elles ne sont point un mal: ou enfin ce mal est une punition, auquel cas il est une suite nécessaire de la troisième et dernière espèce de mal, c’est-à-dire du mal moral, Celui-ci tire son origine de l’abus que la créature fait de sa liberté. Dieu l’avait donnée aux hommes dans la vue qu’ils en fissent un bon usage, et parce que, sans elle, il semble que quelque chose aurait manqué à la perfection et au bel ordre de l'univers. Mais les hommes tenant une conduite toute contraire aux intentions de Dieu, et méprisant ses ordres, ont fait servir à leur corruption et à leur perte une faculté qui leur avait été donnée pour servir à l’embellissement et à la perfection des œuvres de la création. C’est ainsi que toutes sortes de maux sont entrés dans: le monde sans faire aucune brèche à la bonté.infinie de celui qui en est le Créateur et le souverain maître.