CHAPITRE XII
XI Pror. La Cause suprême, l’Auteur de toutes choses, doit être infiniment sage.
Cette proposition qui porte que la Cause suprême, l’Auteur de toutes choses, doit nécessairement posséder une sagesse infinie, cette proposition, dis-je, est une suite naturelle et évidente des propositions précédentes. De sorte que celles-là ayant été solidement établies, celle-ci ne doit pas nous arrêter longtemps ; car n'est-il pas de la dernière évidence, qu’un Être qui est infini, présent partout, et souverainement intelligent, doit parfaitement connaitre toutes choses? Lui qui est seul éternel et existant par lui-même, qui est la cause unique et l’auteur de tout ce qui existe, lui de qui seul, comme de sa source, dérive tout ce que les êtres ont de faculté et de puissance, lui enfin de qui toutes les choses du monde dépendent continuellement, ne doit-il pas connaitre parfaitement toutes les conséquences des facultés dont il est lui-même l’auteur, c’est-à-dire toutes les possibilités des choses futures ? Ne doit-il pas toujours savoir ce qui s'accorde le mieux avec les règles de sa bonté et de sa sagesse? Revêtu d’ailleurs d’une puissance infinie, qui est-ce qui peut s’opposer à sa volonté, ou l'empêcher de faire ce qu'il connait être le meilleur et le plus sage? De tout cela il suit manifestement, que tout ce que la cause suprême fait ne peut être qu'infiniment sage. Je dis en particulier que l'Ëtre suprème étant infini, il doit nécessairement être présent partout. Étant d’ailleurs un esprit infini, il est clair que partout où il est par son essence, là il est aussi par sa connaissance, qui en est inséparable, et par conséquent que sa connaissance est infinie aussi bien que son essence. Or, partout où sa connaissance infinie se trouve, elle doit nécessairement avoir une vue distincte ct parfaite de tout ce
CHAPITRE XIL 113 qui existe, et il n’y a rien dans l’univers qui puisse échapper à sa pénétration. Comme par sa présence sans bornes il environne toutes choses, par ses regards, à qui rien n'échappe, il pénètre toutes les parties de leur substance. La nature de toutes choses et leur essence la plus intime sont nues et découvertes à ses yeux , et les pensées les plus profondes des êtres intelligents ne lui sont pas inconnues. Ajoutez à cela, que toutes choses lui étant non-seulement présentes, mais dépendant aussi entièrement de lui, et ayant reçu de lui l’existence même et toutes les facultés dont elles sont revêtues, il est évident que, comme il connaît toutes les choses qui sont, il doit pareillement aussi connaître toutes les choses possibles. Seul existant par lui-même, et seul auteur de toutes les facultés dont tous les différents êtres qui sont dans l’univers sont revêtus , il est clair qu’il doit parfaitement connaître tout ce que peut ou ne peut pas produire chacune de ces facultés, qu’il a lui-même données. Voyant d’ailleurs d’un seul point de vue toutes les compositions, toutes les divisions, tous les changements, toutes les circonstances et toutes les dépendances possibles des choses ; : instruit parfaitement de toutes les relations possibles qu’elles ont entre elles, et de tous les moyens qu’il faut mettre en usage pour qu'elles parviennent aux fins auxquelles elles sont destinées , il est certain qu’il doit avoir une connaissance infaillible de ce qui est et le meilleur et le plus propre, et cela dans tous les cas possibles; et qu’il doit parfaitement savoir les voies qu'il faut prendre, et les moyens qu'il faut employer, pour arriver aux fins qu’il se propose, qui sont toujours, à coup sûr, les plus justes et les meilleures. Voilà ce que nous entendons par une sagesse infinie. Or, ayant démontré dans ma dixième proposition, que l’Être suprême est aussi tout-puissant, et que, comme il n’y a point d’erreur ni de méprise qui puisse l'empêcher de prendre toujours le parti le meilleur et le plus sage, il n’y a point aussi de force qui puisse arrêter l'exécution de ses desseins , il est incon-
Alu DE L’EXISTENCE DE DIEU.
testable qu’il est en effet infiniment sage, dans le sens le plus relevé et le plus parfait qu’on puisse donner à cette expression, et par conséquent, que le monde et toutes les choses qui y sont doivent être et sont en effet l'ouvrage d’une sagesse infinie. C’est ce qu’on appelle dans l’école la démonstration & priori. Les arguments tirés de la perfection exquise et de l’ordre admirable qui règnent dans tous ses ouvrages, forment une démonstration & posteriori de sa sagesse , qui n’est pas moins forte ni moins incontestable. Je ne m'étendrai pourtant pas sur cette épreuve. Elle a été mise dans une si grande évidence, et maniée avec tant de solidité et de délicatesse ( à la honte éternelle de l’athéisme ) par les meilleures et les plus savantes plumes, tant de l'antiquité , que de ces derniers temps, qu’il n’est pas possible d'y rien ajouter. Je remarquerai seulement, que plus le monde vieillit ! plus on étudie la nature, plus on apporte d’exactitude dans les recherches qu’on fait; plus enfin on pousse loin les découvertes, plus cet argument devient fort, marque certaine qu’il est fondé en vérité. Si tant de siècles avant nous, dans l’enfance de la médecine, si je puis m’exprimer ainsi, Galien ? trouvait déjà, dans la construction du corps humain, et dans l’arrangement de ses parties, des caractères de sagesse si bien marqués, qu’il ne pouvait s'empêcher d’en être ravi en admiration, et de reconnaitre qu’un si bel ouvrage ne pouvait être la production que d’un Être infiniment sage ; que n’aurait-il pas dit, s’il avait eu connaissance des grandes découvertes que les modernes ont faites dans l’anatomie et dans la physique? Quelles exclamations n’aurait-il pas faites sur la circulation du sang, sur la structure du cœur et du cerveau, sur l’usage de ce grand nombre de glandes et de valvules qui servent à la séparation et au mouvement
! « Opinionum commenta delet dies, naturæ judicia confirmat. » Crc.
? GaLenus, de Usu parlium, passim. — BoyLe, of final Causes. — « Rais of the Wisdom of God in the creation.» Dernam, Physico-Theology, eic, È