‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 63 sur 154 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

des humeurs, et sur ce grand nombre de veines et d’autres vaisseaux qui de son temps n'étaient pas seulement connus, et dont on a découvert depuis lui et le dessein et les usages ? Si dans un temps où la philosophie naturelle était encore dans son berceau, les arguments d’Épicure et de son interprète, le poëte Lucrèce, contre l’existence d’un Être infini. ment sage, créateur et gouverneur de l'univers, si, dis-je, leurs arguments, pris des désordres qu'ils prétendaient avoir trouvés dans la fabrique du monde, ont paru à la plupart des hommes si faibles et si peu considérables qu'on les a généralement rejetés et méprisés, n’en auraient-ils pas eu honte eux-mêmes s'ils avaient vécu de nos jours, où l’on a découvert que ces choses mêmes, qu'ils regardaient comme des imperfections et des désordres, sont d’un très-grand usage pour la conservation et le bien-être. de l'univers”? Si Cicéron, en un mot, dans un temps où la science de l’astronomie était si minee et si imparfaite, a trouvé dans l’arrangement et dans le mouvement des corps célestes des traces si éclatantes de sagesse et d'intelligence, qu’il n’a pas fait difficulté de dire que ‘ quiconque nie qu'il y en ait doit être dépourvu lui-même d'intelligence , que n’aurait-il pas dit, s’il eût eu connaissance des grandes découvertes que les modernes ont faites dans l’astronomie ? Qu'’aurait-il dit de la grandeur immense du monde (j'entends de cette partie seule jusqu'où nos observations pénètrent), dont l’étendue, suivant les nouvelles découvertes, a peut-être autant ou plus de disproportion avec le système d’alors que le système d'alors en avait avec la sphère d’Archimède ? ? Que

! « Cœlesitem ergo admirabilem ordinem ineredibilemque constantiam, ex qua conservatio et salus omnium omnis orilur, qui vacare mente pulat, is ipse mentis expers habendus est. » Cic., de Nat. Deosum , lib. IT.

* Cette sphère artificielle d’Archimède représentait les mouvements des corps célestes. Cicéron en parle ainsi, Tuscul., V : « Archimedes cum lunæ, solis, et quinque errantium motus in sphæram illigavit , effecit idem, quodille, qui in Timæo mundum ædificavit Deus, ut tar-

dirait-il de la régularité admirable de tous les mouvements des planètes, sans épicycles, sans stations, sans rétrogradations, et sans la moindre déviation ou confusion? Que dirait-il de la justesse inexprimable de la proportion qu’on remarque entre la rapidité primitive et la direction originale du mouvement annuel des planètes , et entre leur distance du corps central et leur pouvoir de gravitation vers ce corps central ? Que dirait-il de la régularité admirable du mouvement journalier de la terre et des autres planètes autour de leurs centres, qui nous donne tour à tour la lumière et les ténèbres, et qui nous épargne cette monstrueuse supposition du mouvement orbiculaire de tout le ciel autour de la terre, que les anciens étaient obligés d'admettre dans leur système ? Que dirait-il de la proportion qui se trouve entre les grosseurs des planètes et leur éloignement du soleil ‘, par où la chaleur est dispensée à chacune selon ses besoins, en sorte que les plus voisines de cet astre ne sont pas détruites par la chaleur, ni les plus éloignées par le froid, et que chacune jouit de la température qui lui est propre? Que dirait-il de l’ordre merveilleux, du nombre et des utilités des diffé— rentes lunes, auxquelles l'antiquité n’avait pas même songé, et que nous voyons maintenant, d’une manière claire et distincte, à la faveur des télescopes, tourner autour de leurs planètes, et dont les mouvements sont si réglés et si connus, que l’on calcule et prédit leurs éclipses aussi certainement que celles de notre lune? Qu’aurait-il dit enfin de la justesse étonnante du mouvement de notre lune, qui tourne une fois

ditate et celeritate, dissimillimos motus una regeret conversio, » — Sénèque l’appelle, en son style : « Parvam machinam, gravidam mundo, cœlum gestabile, compendium rerum , speculum naturæ. » SEN. Epist.

! « Planetarum densitates fere sunt, ut radices diametrorum apparentium applicatæ ad diametros veros, hoc est, reciproce ut distantiæ planetarum a sole, ductæ in radices diametrornm apparentium. Collocavit igitur Deus planetas in diversis distantiis a sole, ut quilibet pro gradu densitatis, calore solis majore vel minore fruatur. » NEWTON, Principia, lib. HIT, Prop. VII.

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