‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 7 sur 154 · INTRODUCTION. XVI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVI

ma constitution intellectuelle, j’énonce cette nécessité en manière de principe abstrait : « Tout phénomène suppose

une cause, » et « 11 ne peut y avoir un progrès de causes secondes à l’infini. » Mais je n'aurais ni énoncé ni même pensé ce principe, sans les faits dans lesquels il s’est manifesté à moi, et chacun de ces faits était déjà, à lui seul,

la connaissance d’un Dieu. Donc, quand pour trouver ce

Dieu , je raisonne au nom de ce principe , je fais un pur cercle ; Ôôtez le fait de la conception de Dieu, iln’y a plus de principe ; Ôtez le principe, il n’y a plus de raisOnNCment ; je cherche donc ce que j'ai et je ne sais ce que je cherche. Les mêmes remarques conviennent à toutes les maximes par lesquelles on prétend prouver Pexistence

de Dieu, et frappent d’impuissance tous les raisonnements

qui s’y appuient. Le raisonnement ne donne pas l'existence : il aide bien à découvrir certains rapports secrets et éloignés que les êtres ont entre eux; il fait bien pénétrer à l'esprit les ressorts cachés des choses ; mais les êtres et les choses mêmes se voient et ne se démontrent pas ; l’existence n’est pas un rapport et elle ne doit pas être un mystère ; le scepticisme aurait trop beau jeu ; il faut qu’elle frappe et se manifeste par sa propre évidence. D'ailleurs, comment le raisonnement pourrait-il prouver qu'une chose est, si toute la force de ses conclusions réside, comme on le sait, dans la vertu seule de la forme ; le syllogisme conclut nécessairement, vi forme, du général au particulier, sans préjudice et abstraction faite de la valeur ontologique ou métaphysique du concept donné comme principe : ce concept est-il celui d’un être réel, actuel, certainement existant? Le syllogisme conclura légitimement du concept de cet être, le concept de ses qualités réelles, ac-

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tuelles, véritables ; mais est-ce l’idée d’un être conçu, possible, douteux ? Ge caractère du principe affectera , sans

que la rigueur du raisonnement en souffre rien, toutes les conséquences : du contingent, du certain, du néces- saire, du probable, du problématique, le raisonnement ne - peut que conduire à une ou plusieurs propriétés du con- .tingent, du certain, du nécessaire, du probable, du pro- | blématique ; si vous mettez l'existence et la certitude dans

les prémisses, vous la retrouverez dans les conclusions ; mais si vous ne l’y mettez pas, le raisonnement ne saurait

= l'y ajouter. On n'essaye plus de démontrer l'existence des | corps, depuis que la dialectique de Berkeley a fait justice

des vains arguments que certains préjugés philosophiques avaient forcé de substituer à l’évidence de la perception directe, intuitive, immmédiate que nous en avons; la critique de. Kant n’a pas laissé plus de chances de succès aux preuves syllogistiques que l’école allègue encore à l’appui de l'existence de Dieu”. Hâtons-nous de dire que c’est la scolastique , beaucoup plus que la philosophie ellemême, qui porte le tort de ces preuves ou plutôt de leur forme. Ni Aristote, ni surtout Platon ne procédaient, en cette matière, par voie de syllogisme ; celui-ci affirmait l'existence absolue d’un bien souverain, d’une justice immuable, d’une beauté parfaite, d’un Dieu, en un mot, autrefois contemplé face à face par l’âme encore pure, aujourd'hui rappelé à l'esprit capable de se dégager des

. sens et de s'élancer, porté par la raison, au- -dessus de ce

monde; celui-là, à propos du mouvement , affirmait un moteur immobile ; tous deux racontaient diversement

! Voyez Cours sur la Philosophie de Kant, par V. Cousin, 6° leçon.

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l'apparition dé Dieu à nos esprits, plutôt qu'ils ne le prouvaient. C’est la scolastique du moyen âge qui à mis

en forme ces simples récits et les a accommodés en syllo-

gismes. Descartes, pressé d’objections, argumente pour s’en délivrer; au raisonnement, il oppose le raisonnement ; mais, laissé à lui-même, il semble bien plus expliquer cette idée innée de Dieu « en laquelle est enfermée l'existence » qu’en démontrer la valeur. Et si Leibniz a perfectionné le syllogisme cartésien, il faut aussi se souvenir qu’au début de la Théodhcée, 1 pose sans preuves l'existence de Dieu, sur la seule obligation « de chercher « la raison de lexistence du monde, qui est l'assemblage ' «entier des choses contingentes, dans la substance qui « porte la raison de son existence avec elle, » ie Ces reproches s'adressent , sans exception , à toutes les

preuves de l'existence de Dieu ; mais parmi elles, il y en

a qui supportent encore d’autres critiques, ce sont les preuves a posteriori. Tout le tort de la preuve a prior est d’être une démonstration , et d’affecter la forme d’un argument ; débarrassée de cette enveloppe, elle à toute la force de la raison, prononçant au dedans de chacun de nous cet irrécusable arrêt : que le contingent, le fini, limparfait, qui de fait existent, ne sont ni ne se comprennent sans l'absolu, sans l'infini, sans le parfait, qui en conséquence ne peuvent pas ne pas être. Quant à la preuve a posteriori, abstraction faite de sa forme, elle est encore radicalement vicieuse et impuissante. C’est en effet une prétention ridicule et cent fois démontrée vaine, que de vouloir tirer de l’imparfait et du fini, même la notion et, à plus forte raison, l’existence de l'infini et du parfait, Aucune accumulation de

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