XX INTRODUCTION
choses finies ne s’égalera jamais à l’infinité ; et quelque Join qu’on la pousse, elle restera toujours infinimenñt audessous de l’infinitude véritable. Or, si Dieu n’est pas infiniet parfait , il n’est pas; prouver qu’il est, sans prouver
qu'il est absolu et illimité, c’est ne rien prouver du tout. … L'expérience fait bien voir ce qui est ; mais de ce qui doit être, elle ne fait rien savoir. Or, la preuve a posteriori à
pour caractère de se fonder sur l'expérience ; elle ne siguifie rien toute seule. On convient du reste ordinairenent que toute preuve a posteriori réclame, pour se construire, un principe a priori, qu'elle sous-entend ou qu’elle exprime, mais qui, en tout cas, fait sa force et sans lequel l’échafaudage tout entier tombe et s'écroule,
C'est tantôt le principe de causalité, avec limpossibilité
du progrès des causes à linfini; tantôt le principe des causes finales ou tout autre axiome de cet ordre, qui sert de postulat indispensable à la démonstration. Mais
ie comme ces principes dépassent l'expérience et proviennent de ïà raison , nous retombons dans’le précédent cas. Le fait soit du mouvement, soit de telle ou telle harmonie
4 de la nature est bien l’occasion, si l’on veut indispensable, de conception de l'infini; mais l'esprit passe par
le fait, sans s’y arrêter et s’élance aussitôt à la conception qu'il suggère et qu'il ne fonde pas. Étudiées plus attentivement, les beautés de cet univers peuvent nous éclaircir et affermir en nous l’idée de la sagesse divine ; mais si c’est une preuve que cette observation des harmonies du monde, ce sera une preuve aussi forte en sens contraire, que l'existence incontestable de ce qu’il v a de
mal et de désordre ici-bas. On répond, il est vrai, que … ce mal n’est qu’apparent, que ce désordre couvre un ordre
+ INTRODUCTION. XX] profond. Mais que signifie cette réponse, sinon que d'avance, sans lc expérience et au besoin contre elle, nous
sommes persuadés de la perfection de cette sagesse qui,
étant parfaite , n a pas pu faillir, et résolus à sacrifier à
cette conviction, en les traitant de pures apparences , les démentis de l’observation ? Ainsi, nous écoutons l’expérience quand elle justifie la raison; nous fermons les oreilles, quand elle la contredit; la raison et ses idées sont donc les | joges de l'expérience, loin qu’elles en viennent. ù
Il est bien temps d'arriver à Clarke, mais sans le nommer, nous l’avons d'avance comme exposé et jugé. Clarke a très-bien vu et parfaitement signalé l'insuffisance de la preuve a posteriori ; il lui assigne sa vraie valeur, en disant qu’elle est à tout le moins morale et raisonnable, et que d’ailleurs, très-facile à comprendre , peu $’en faut
à la portée de chacun , elle suffit pour le vulgaire étranger
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