CHAPITRE XIV. Conclusion du discours sur l’existence de Dieu
J'espère que ce que je viens de dire suffira pour convaincre tout homme capable de réflexion et de méditation, que l'existence et les attributs de Dieu sont des vérités qui peuvent être solidement prouvées, et qui sont même susceptibles de démonstration. C’est donc en vain que les ennemis de Dieu et de là religion se glorifient d’avoir la raison de leur côté. Cette raison qu’ils prônent tant, et dont ils se vantent de suivre de point en point les lumières, n’est point pour eux. Ils ont beau dire qu’on ne remarque aucune trace de la Divinité dans la fabrique du monde, et que tous les” arguments de la nature favorisent au contraire l’athéisme et lirréligion : une prétention si peu raisonnable découvre un fonds prodigieux d’impudence, d’aveuglement et de préjugé. Je sais qu’il y a des gens qui, n’ayant jamais médité sur ces
matières, s’imaginent qu’elles sont absolument au-dessus de la portée de notre esprit, et que ceux qui disputent sur ces questions ne savent ce qu’ils disent. Mais qui ne voit que, puisque les plus fameux athées qui aient paru dans le monde, et les partisans d’un aveugle destin se sont servis de cette manière d’argumenter pour renverser les premiers fondements de la religion, il était raisonnable et nécessaire de suivre leur méthode, afin de les battre avec leurs propres armes ? Je suis en effet très-persuadé qu’il n’y a point de manière de raisonner, quelle qu’elle soit, dont on ne puisse se servir avec beaucoup plus d'avantage et de succès en faveur de la vérité, qu’en faveur du mensonge.
Ce que j'ai dit dans ce discours, peut servir aussi, à nous faire comprendre d’où vient que l’existence de Dieu et ses attributs étant des vérités si certaines et si incontestables, il se trouve pourtant des gens qui paraissent n’en avoir que très-peu de connaissance. C’est qu’ils n’ont jamais bien fait attention aux preuves que la raison tire de son propre fonds, ni aux différents moyens dont Dieu se sert pour se faire connaître à nous, Qu’y a-t-il de plus certain et de plus évident que cette proposition, que les trois angles d’un triangle sont égaux à deux droits? Un homme qui soutiendrait le con-— traire pourrait être facilement réduit à tomber en contradiction. Cependant, ceux qui ne se sont jamais appliqués à la considération de ces choses, peuvent facilement ignorer cette vérité mathématique, aussi bien qu’une infinité d’autres, qui ne sont pas moins certaines, ni moins in— faillibles.
Il est vrai cependant que les témoignages que Dieu se rend à lui-même, et les preuves de son existence, qu’il expose à notre vue et à notre méditation, sont en si grand nombre, et si faciles à entendre, qu’il n’est guère possible de s’y tromper. La fabrique, l’ordre, la beauté et l'harmonie admirable de l'univers; la structure et la forme de notre corps, les facultés merveilleuses de notre âme ; le consentement de toutes ses