RÉPONSE A LA LETTRE PREMIÈRE
MONSIEUR
Si tous ceux qui se mêlent d'écrire sur des matières de controverse, le faisaient avec la même candeur et la même sincérité, avec laquelle vous proposez vos difficultés, je suis persuadé qu’il n’y a presque point de dispute qui ne pût être terminée à l’amiable : on s’accorderait à la fin à avoir les mêmes sentiments, ou, s’il n’était pas possible de le faire, on se supporterait au moins charitablement ae la Giver. sité d'opinions.
Vos deux objections sont très-ingénieuses et poussées avec beaucoup de force et de subtilité. J'espère pourtant d'y répondre d’une manière qui vous paraitra satisfaisante. Je réponds à la première : que tout ce qui, sans contradiction, peut, en quelque temps que ce soit, être absent de quelque lieu que ce soit, peut, sans contradiction aussi, être conçu
LETTRES. aul
loujours absent de tout lieu; car tout ce qui est nécessaire
d’une nécessité absolue, est absolument nécessaire dans
chaque partie de l’espace et dans chaque point de la durée.
Tout ce qui, dans quelque temps que ce soit, est conçu pou-
voir être absent de quelqu’une des parties de l’espace,
pourra, par la même raison, être conçu en même temps absent, quant à la possibilité de toute autre partie de l’espace,
soit par voie de cessation d’être, soit en vertu de la suppo-
sition qu’il n’a jamais commencé d’être. Quand je dis, au
reste, qu’il est possible de le concevoir absent de tout lieu,
cela veut dire que cette idée n’implique point de contradic-
tion. Je pense que votre exemple d’un homme qu’on démon-
trerait devoir vivre mille ans, est ce qui vous a jeté dans
l'erreur. Mais il peut fort bien servir à vous en faire sortir.
Vous pouvez supposer, si vous voulez, qu'un homme vivra
mille ans, ou bien que Dieu peut révéler et promettre qu'il
vivra tout autant. Cette supposition une fois faite, il n’est plus possible, je l’avoue , que cet homme, pendant cet espace
de mille ans, soit absent de tout lieu. Rien n’est plus vrai
que cela. Mais d’où vient, je vous prie, que cela n’est plus
possible? c’est uniquement parce qu’il est contraire à la supposition, ou à la promesse divine; mais il n’est nullement contraire à la nature absolue des choses; ce qui serait, si
cet homme existait nécessairement, comme fait chaque