FRAGMENT D'UNE LETTRE
ÉCRITE A UNE AUTRE PERSONNE QUI, OUTRE LES ORJECTIONS PRÉCÉDENTES, EN AVAIT ENCORE PROPOSÉ QUELQUES AUTRES.
Permettez-moi, Monsieur, de répondre directement, sans compliments ni préface, aux objections que vous me faites.
Il n’y a que deux voies par lesquelles il soit possible de prouver lexistence et les attributs de Dieu : l’une a priori, l’autre a posteriori. La prèuve a posteriori * est à la portée de tout le monde. Il y a dans la nature une infinité de phénomènes qui tous, depuis le plus familier jusqu’au plus recherché, forment une preuve de l'existence de Dieu, à la portée de toute personne dégagée de préjugé, et d’un esprit droit et sincère, une preuve, dis-je, à tout le moins morale et raisonnable, et c’est, à mon avis, sur cette preuve que Dieu (considéré en tant que gouverneur moral) veut que les agents moraux se déterminent.
Je crois la preuve a priori tout à fait démonstrative. Mais il en est de cette preuve, à mon avis, comme d’une infinité de démonstrations mathématiques, qu’un petit nombre de personnes, qui joignent à un grand fonds d'esprit beaucoup d'attention, peuvent entendre. Aussi ne sert-elle qu’à dissiper des difficultés savantes et métaphysiques. Il ne faut pas s'attendre que le commun des hommes en comprenne la force. On ne la leur fera pas plus entendre, qu'on leur fera entendre l'astronomie ou les mathéma— tiques.
Après ces réflexions générales, j’entre dans le détail. Voici comment je m'explique sur la notion de l'existence par soi-
! «Les choses invisibles de Dieu (tant sa puissance éternelle que sa divinité) se voient comme à l'œil, étant considérées dans ses ouvrages.» Aux Rom., 1, 20.