‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 93 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

si grand et si prodigieux, que peu de personnes sont réellement capables de découvrir par elles-mêmes ces grandes vérités. Qu’ainsi, les hommes ont un très-grand besoin d’une instruction particulière qui les convainque de la certitude et de importance de ces vérités, qui leur en donne des idées claires et saines, et qui leur mette devant les yeux les motifs qui doivent les porter à s’acquitter des grands devoirs que leur prescrit la religion naturelle.

VI. Que bien qu’il y ait eu dans presque tous les siècles parmi les païens des personnages d’une probité, d’une sagesse et d’un courage extraordinaire, qui se sont appliqués à l'étude de ces devoirs, qui les ont pratiqués, qui en ont fait des leçons aux autres, et qui les ont exhortés à les mettre en pratique ; et que ces personnages à cause de cela paraissent avoir été suscités par la Providence, et avoir été des instru— ments en sa main, pour faire le procès aux horribles superstitions des nations parmi lesquelles ils vivaient, et pour réprimer leur dépravation extrême : aucun de ces grands hommes cependant n’a jamais pu faire de grands progrès pour l'entière réformation du genre humain. La raison en est, que peu de personnes ont mis tout de bon la main à ce grand ouvrage ; que celles qui l’ont eu véritablement à cœur ont entièrement ignoré des doctrines qui étaient d’une absolue nécessité pour l’accomplissement de leur dessein , et ont flotté dans le doute et dans incertitude sur quelques autres qui n'étaient pas moins nécessaires pour parvenir au but qu’elles se proposaient. À quoi il faut ajouter qu’elles n’ont pu ni expliquer clairement, ni prouver solidement plusieurs dogmes qu’elles croyaient avec certitude, et qu’elles n’ont pas eu assez d'autorité pour persuader aux hommes ceux de ces dogmes qu’elles étaient en état d'expliquer et de prouver par des raisonnements clairs et solides, et pour faire sur leur esprit des impressions capables d’influer sur la conduite générale du genre humain.

VIT. Que le genre humain avait done besoin d’une révé-

lation céleste pour sortir de cet état de dépravation universelle, et pour entrer dans un état qui eût du rapport à l’excellence originale de sa nature. Que les nécessités attachées à la nature humaine, et la connaissance que les hommes avaient naturellement de la Divinité, les menaient comme par la main à cette révélation céleste, et leur donnaient tout lieu de l’espérer et de l’attendre, comme il paraît par l’aveu qu’en ont fait les plus sensés et les plus sages des philosophes païens, et par les termes dont ils se sont servis pour exprimer l'espérance qu’ils avaient que Dieu leur ferait un jour cette grâce.

VIIT. Que de toutes les religions qui sont aujourd’hui dans le monde , la religion chrétienne est la seule qui puisse se vanter avec quelque apparence de raison, de posséder cette révélation divine ; de ‘sorte que, si la religion chrétienne n’est pas véritable, il faudra dire qu’il n’y a dans le monde.aucune révélation de la volonté de Dieu. Pa,

IX. Que la religion chrétienne considérée dans la pureté de son origine, telle qu’elle nous est enseignée dans :les saintes Écritures, porte tous les caractères de divinité qu’il soit possible d'imaginer, et que nous en avons toutes les “preuves qu’on puisse raisonnablement demander.

X. Que les préceptes de la religion chrétienne s'accordent parfaitement bien avec les idées naturelles que nous avons de la Divinité, qu'ils sont très-propres à perfectionner notre nature, et à faire la félicité commune du genre humain; c'est-à-dire que la religion chrétienne, considérée simplement comme un système complet et suivi de morale, où se trouvent rassemblés les beaux et les meilleurs préceptes que les diverses écoles de philosophie n’ont donnés que séparément, et la plupart du temps que très-imparfaitement; et, où ces préceptes sont débités sans le moindre mélange d’aucune de ces pratiques superstitieuses et absurdes qui se trouvaient parmi les anciens philosophes; que la religion chrétienne, dis-je, à la considérer seulement dans ce point de

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