‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 18 sur 100 · ARTICLE 1. — LA MÉTHODE TRADITIONALISTE · texte numérisé non relu

ARTICLE 1. — LA MÉTHODE TRADITIONALISTE

tout enseignement par la parole serait nul. Si un maître, dit expressément saint Tliomas, veut expliquer à ses disciples la définition de l'homme, il faut, pour qu'il soit compris, que les disciples sachent d'abord ce que c'est que l'animalité, la substance, ou pour le moins, qu'ils aient la notion très commune de l'être : Si docemur quid est Jiomo, oporiet qiiod de eo praesciamiis aliquid, scilicet raiionem anw7alitatis, vel substajitiae, aiit saltem ipsius entîs, quae nobis ignota esse nonpoiesl {r.

Et qu'on ne s'imagine pas que ces notions antécédentes à l'enseignement soient purement sensibles, car notre âme, par une action spontanée et indépendante de la liberté et de la réflexion, généralise ses concepts; elle en fait la nourriture de l'intelligence, sans attendre que la parole, comme l'a faussement jugé de Donald, vienne donner la vie à notre esprit.

18. L'Enseignement. Suite. — Que si l'homme, avant l'enseignement externe, a déjà des notions, soit des choses sensibles, soitdes choses intellectuelles, seraient-elles très confuses, la [raison demande que nous lui accordions aussi la certitude de quelques vérités, et pour le moins, celle des premiers principes ontologiques. Il n'est pas concevable, en effet, que notre intelligence perçoive une chose, et que la perception ne soit pas suivie du jugement par lequel on s'affirme que cette chose est réellement, et que, si elle est, elle ne peut point ne pas être, et réciproquement; car c'est le concept même du sujet qui donne simultanément le concept du prédicat, comme il arrive dans les jugements analytiques, que les anciens disaient connus par eux-mêmes. Demandez à un enfant si une chose peut en même temps être et ne pas être r si le tout est plus grand que sa partie ? si un est multiple ? et il répondra exactement à vos demandes, sans que personne l'ait instruit sur ces vérités: les réponses de l'enfant seront d'autant plus promptes et claires qu'elles auront des choses plus universelles pour objet, comme

(i) Qq. Disp. De- veritate, Qu. XI. De magistro, Art. I. ad 3.

sont précisément les notions transcendantales d'entité, d'unité, etc. Discipulus^ dit encore saint Thomas, ante lociitionem magistri ifiterrogatus, responderet quidem de principiis per'qiiae docetur, Jion aute??i de cojicliisionibus, qiias quis einn docet. Ainsi le disciple ne reçoit pas d'autrui les premiers principes de la science, mais il en saisit la vérité par lui-même : unde principia noji discit a magistro, sed soliun conclusiones[i).

19. Induction. — Donc, si la méthode philosophique doit nous indiquer le principe qui commence le développement intellectuel de notre intelligence, principe en qui toutes nos certitudes se contrôlent et s'unissent (2) ; si la foi réclamée par le traditionalisme est exclusivement le fruit de l'enseignement humain, comme le veut ce système; si, finalement, le magistère humain suppose, afin de pouvoir s'exercer, l'esprit en possession de quelques certitudes (3) — et la foi traditionaliste est elle-même inconcevable sans ces certitudes préexistantes (4); — il est impossible que cette foi soit le point de départ du développement de notre intelligence, qu'elle marque de sa vérité toutes nos certitudes et leurs déductions, et en un mot, qu'elle soit la vraie et légitime méthode de philosopher.

20. La démonstration. — Saint Thomas étudiant la nature de l'intelligence a déterminé avec précision l'ordre que suit notre esprit dans l'acquisition de ses connaissances. Il établit en premier lieu que saisir par l'intellect iintelligere) n'est pas autre chose que z'ozr la vérité dans la nature même de l'objet: ex hoc aliquis mtelligei^e dicitiir, qiiod inierius in ipsa rei essentia veiHtatem quodammodo legwms (5). Mais, 'comme nous l'avons remarqué plus haut, notre intellect n'embrasse

(i) Qu. cit. De magistro, Art. I. ad. 18.

(2; N. i3 et 14.

(3) N. 17 et 18

(5) Qq. Disp. De veritaie, Qu. X\". De rationc siiyeriori et infcriori. Art, I. c.

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