ARTICLI-: I. LA METHODE TRADITIONALISTE
pas d'un seul coup-d'œil l'universalité du connaissable^ il va étendant graduellement ses connaissances à force d'arguments et de déductions ; arguments et déductions qui, nous l'avons aussi fait observer, sont présentés à la visioji de l'esprit, grâce à la lumière des vérités principes, d'où part celui qui raisonne. De sorte que les premiers principes r i sont pas seulement le point de départ de l'esprit qui se meut vers l'acquisition de la science ; le flambeau qui éclaire ses pas et illumine les objets rencontrés dans le chemin ; mais, sous un autre rapport, ils sont aussi le terme de nos recherches réfléchies, alors que l'intelligence, se repliant sur elle-même, scrute plus rigoureusement la valeur de ses déductions et remonte de l'une à l'autre jusqu'à ce même principe, d'où est parti son mouvement scientifique.
Concluons de là que notre intellect n'obtient pas la vérité des principes par la voie de la déduction, car il pourrait aller ainsi à l'infini sans aboutir à rien; mais qu'il les voit immédiatement, parce qu'ils lui apparaissent resplendissant d'une lumière qui leur est entièrement propre, sans aucun mélange avec celle des autres principes de l'ordre logique (i). C'est la vérité par elle-même qui, présentée dans son évidence à l'intellect incliné naturellement vers le vrai, se l'assujetit et l'oblige nécessairement, non à un assentiment quelconque, mais à une ferme et immuable adhésion, excluant, de sa nature, toute hésitation et crainte d'erreur. Tels sont les axiomes, les jugements primitifs, nés spontanément des concepts les plus universels et transcendantaux, comme le principe de contradiction, celui d'identité, et autres.
L'esprit affermi ainsi dans la vérité des premiers principes, va recueillant tout ce que la mémoire, la conscience et les sens lui fournissent ; à toutes ces connaissances secondaires, il
(i) Voyez à ce sujet !a belle doctrine de S. Thomas dans la question déjà ;itée : De raiione superiori et iiifcriori. Art. cit.
applique la lumière des principes dont l'universalité embrasse toute la série des vérités particulières et les contient en quelque sorte, et il étend ainsi le cercle de ses certitudes, qui seront d'autant plus claires et évidentes que les principes et leur connexion avec les conclusions seront plus clairs et évidents. Universalîa principia cpplicat ad aliqua particuhiria,qiioru}u memo7-iam et experimentum per sensum accipit[\). L'application que fait notre esprit des principes évidents par eux-mêmes et certains d'une certitude immédiate, c'est ce qu'on nomme proprement démonstration.
21 . Analyse du syllogisme. — Afin de rendre plus compréhensible l'opération démonstrative, nous pensons qu'il est nécessaire d'en analyser plus minutieusement les parties dans le syllogisme, qui, personne ne l'ignore, est le raisonnement démonstratif le plus clair et le plus convaincant.
Aristote a dit avec beaucoup de vérité que toute science (et disons la même chose de renseienement"! est fondée sur une connaissance antérieure : Omnis doctrina, omnisque rationalis scientia in antécédente cognitione fiindatur {2). Il dit donc que toute science suppose notre intelligence déjà instruite; mais il ne dit pas toute connaissance, car, si l'axiome énoncé par le Sîagirite devait s'appliquer à toute connaissance, on irait à l'infini, QXpe?iser ne serait pas possible, suivant la remarque de saint Thomas : Et ideo dicit Philosophiis omnis doctrina et omnis disciplifia, non autem omnis cognitio, quia non ofnnis cognitio ex priori cognitione dependet . Esset eni?n in i?ijinitum ire (3). Le sens de l'axiome ne regarde donc point la simple connaissance.
22. Suite. — Dans le raisonnement, toutefois, ou mieux encore, dans le syllogisme, notre esprit procède et va de la vérité des premiers principes à la vérité scientifique des conclusions ;
(i • s. Th. Sum. Theol. P, I». Qu. CXVIL Art. I.
(2) Lib. L Posterioriim. Lect. I.
(3) S. Thomas. Comment, in Lib. l. Poster. Analyt. Lect. l.