‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 20 sur 100 · ARTICLE 1. LA METHÛDL TRADITIONALISTE 2D · texte numérisé non relu

ARTICLE 1. LA METHÛDL TRADITIONALISTE 2D

de manière, comme nous l'avons dit, que les principes sont le point immobile d'où part le mouvement intellectuel. Il est donc absolument nécessaire que l'esprit ait la connaissance certaine et évidente des premiers principes, afin d'être en état de raisonner. Et c'est là le premier et vrai sens de l'axiome : Omnis doctrina omnisqiie ratîonalis disciplina ex praeexistente fit cognitione ; parce que ex cognitione principii condiisio innotescit (i).

23. Suite. — En outre, toute conclusion déduite est un jugement par lequel on affirme ou l'on nie un prédicat d'un sujet, à la suite de deux autres jugements préalablement portés, et dans lesquels deux concepts {les extrêmes) sont séparément confrontés avec un troisième, appelé moyen terî7îe par les logiciens. En cela, comme on le sait, consiste tout l'art du syllogisme. Mais le jugement ne peut avoir lieu si l'intellect ne connaît pas antécédemment les éléments qui le composent : nous ne pouvons marcher à l'aveugle, ni juger de ce que nous ignorons. Tout s3^11ogisme demande donc non-seulement la connaissance préalable des principes, mais encore celle du "" prédicat et du sujet de la conclusion. Or, comme ces éléments ne peuvent toujours s'obtenir par la voie de l'enseignement, et qu'il répugne même que tous s'acquièrent parce mo3^en, il faut donc qu'ils soient saisis par notre intelligence, agissant seule, mais en contact avec les objets qui lui sont présentés par les sens externes, par la mémoire, par la conscience. Id, dit saint Thomas, aijtis scientia per demonstrationem quaeritiir est conclusio aliqua, in qiia propria passio (praedicatum) de

aliqiio subjecto praedicatnr Et quia cognitio simpliciiim

praecedit cognitionem compositorum, necesse est quod antequam habeatiir cognitio conclusionis, cognoscatur aliqiio modo subjectum et passio (-i).

(i) s. Th. Ibid. Lcct. II.

2; In Lib. I. Posieriontui, Lcct.

24. Suite. — Arrêtons-nous à ces mots aliqiio modo, car c'est pour n'en avoir pas tenu compte que le traditionalisme a équivoque sur le sens de l'axiome aristotélicien. La connaissance requise des éléments de la conclusion syllogistique n'est pas, en effet, et ne peut être synthétique, mais seulement anah;tique ; je veux dire qu'on ne requiert point la connaissance de ces éléments en tant qu'ils sont unis et forment un jugement virtuellement inclus dans les prémisses ; mais seulement, que l'intellect doit percevoir et connaître quelle est la nature du prédicat, quelle est la nature du sujet, ou du moins quelle est la signification des mots, afin qu'il puisse en juger par la confrontation qu'il en fait avec le moyen terme dans les prémisses. Par exemple, quand je fais le syllogisme suivant : Il ne peut exister d'effet sans une cause; or cet effet existe ; donc sa cause existe ; il est certain que je dois connaître préalablement l'axiome de causalité et avoir les notions d'existence et de cause. Mais il serait ridicule de soutenir la nécessité de la préexistence en moi du concept composé, concret et particulier catise-existante ; car ce dernier concept, pris dans son sens complet, se forme dans mon esprit en vertu du raisonnement qui m'apporte par son opération une nouvelle connaissance et une nouvelle certitude, ayant pour terme la cause-existante : connaissance que j'avais certainement dans ses éléments séparés, mais que je n'avais pas sous forme de synthèse, comme je l'ai dans la conclusion scientifique, conclusion qui est tout autre chose que la connaissance antécédente, requise pour le raisonnement.

Il se passe dans l'esprit poursuivant un raisonnement, ce qui, proportion gardée, arrive continuellement dans les productions de l'imagination : cette faculté a besoin sans doute de voir d'abord les éléments qu'elle disposera successivement; mais le tout qu'elle forme ensuite, le sphinx, par exemple, est une chose entièrement nouvelle pour elle, étant composée d'éléments très divers, comme sont la tête et la poitrine de la

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