ARTICLE I. LA MÉTHODE TRADITIONALISTE
femme, avec les pieds du chien, etc. Ainsi pareillement, le concept déduit de telle cause-existante est très différent des concepts séparés de cause et d'existence •, car la cause-existante me représente une chose singulière, concrète, déterminée ; tandis que le concept de cause est abstrait, indéterminé, universel, comme aussi est universel, indéterminé, abstrait le concept d'existence. C'est donc chose certaine et évidente que la démonstration, par sa nature, procure de nouveaux concepts à l'intelligence.
25. Conclusion. — Si donc l'assentiment de la foi est fondé sur une certitude antérieure, basée sur l'évidence extrinsèque à l'objet dont on a la croyance, c'est-à-dire sur l'infaillibilité du témoignage d'une personne (i); et si, au contraire, la démonstration doit s'appuyer sur des principes certains par eux-mêmes, d'une évidence propre et non empruntée (2); il est clair que la méthode démonstrative ne peut pas être revendiquée comme appartenant à la foi seule. En outre, la démonstration, en appliquant la lumière des principes aux objets fournis par les puissances cognitives de l'âme, conduit l'esprit à découvrir avec certitude des vérités d'abord ignorées (3); donc la méthode démonstrative est, elle aussi, inventive ou inquisitive, Conséquemment, le traditionalisme est dans le faux quand il prétend que la méthode démonstrative commence exclusivement par la foi, et qu'il lui refuse la prérogative caractéristique de la démonstration, c'est-à-dire de pouvoir découvrir à notre intelligence des vérités qu'elle ignorait auparavant.
26. Corollaire. — Comme corollaire de tout ce que nous avons démontré jusqu'ici, nous ne pouvons pas ne point ajouter une observation qui va diamétralement contre un autre principe traditionaliste, par lequel on soutient que la raison
20 CHAPITRE Ile OBSERVATIONS GÉNÉRALES
humaine, isolée de l'enseignement, ou pour mieux dire, de la sanction du sens commun, ne peut adhérer avec certitude aux vérités déduites. On peut voir clairement combien cette opinion du traditionalisme est fausse, si l'on prend garde que le magistère est un art qui présuppose le travail actif de Tintelligence du disciple (i), car c'est le disciple qui, en suivant la marche scientifique du maître, applique la lumière des premiers principes aux conclusions qui lui sont proposées. Or, bien que la nature, nonobstant le nombre prodigieux de ses phénomènes, ne parvienne jamais à produire seule un effet artistique, comme fait la main de l'artiste avec la matière inerte et uniquement passive; toutefois, lorsque l'art, pour obtenir son effet, exige le concours actif dQ la nature, comme il arrive dans l'enseignement, la nature peut, absolument parlant, obtenir par ses seules forces l'effet de l'art lui-même. N'est-ce donc point la nature qui, sans le secours de la médecine, réagit quelquefois contre le mal et rétablit l'équilibre dans l'organisme : Ainsi, bien que l'intellect soit ordinairement aidé dans sa marche par l'enseignement humain, il peut cependant quelque chose par lui-même et il est capable d'acquérir la certitude de beaucoup de vérités. Scient ia acquiritur dupliciter^ ei sine doctrina pei' inventioneni;, et per doctrinam {2). Absque dubio aliquis potest per lumen rationis sibi inditum, absque exterioris doctrine magisterio vel adminiculo, devenire i?i cog-nitionetn ignoforum multorum^ sicut patet in omni eo qui per inventionem scientiam acquirit; et sic quodajnmodo aliquis est sibi ipsi causa sciendi (3).,
(2^ Contra Gentil. Lib. II. Cap. LXX\'.
(3) Qq. Disp. De Veritate, Qq. XI. De Magistro, Art. II.
ARTICLE ir. — LA REVELATION
ARTICLE II
La Révélation
Sommaire. — 27. Nature de la révélation requise par le traditionalisme. — 28. Argument contraire du P. Valerga. — 2g. Observation. — 3o. Doctrine de saint Thomas. — 3i. Le magistère divin. — 02. Autre argument du P. Valerga. — 33. A quoi se réduit la révélation dite sociale. — 34. Continuation. — 35. Observation. — 36. Conclusion de l'article.
27. Nature de la révélation requise par le traditionalisme. — Attachée à ce principe que la philosophie doit commencer par la foi acquise au moyen de l'enseignement, l'école du traditionalisme affirme que Dieu a lui-même enseigné le premier père du genre humain, et qu'ensuite les enseignements primordiaux ont été transmis par Adam à la famille humaine : en sorte que tout homme venant au monde, trouve dans le sanctuaire domestique un écho plus ou moins affaibli de la doctrine primitive. Toutefois, pour la nouvelle école, cette révélation est parfaitement distincte de la révélation divine et surnaturelle, conservée dans l'Ancien Testament par la synagogue, accrue ensuite par la doctrine de Jésus-Christ, et confiée présentement au magistère infaillible de l'Eglise Romaine.
28. Argument contraire du P. Valerga. — Le P. Valerga a récemment combattu l'assertion du traditionalisme sur le magistère divin et immédiat, par l'argument suivant: Cette révélation différente de la connaissance de Dieu acquise par la vue de ses œuvres, pourrait bien obtenir l'acte de foi de la part de la personne à qui elle serait faite (pourvu cependant que cette révélation ne fût pas la vision immédiate de Dieu); mais, parce que l'acte de foi veut que la personne faisant la
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révélation soit déjà connue, sous ce rapport, Tacte de foi est impossible. Donc la proposition : Dieu s'est révélé luimême et par lui-même, renferme une impossibilité intrinsèque (i).
29. Observation. — Nous ne sommes pas traditionaliste, mais nous pensons que l'argument de cet estimable écrivain ne détruit pas les assertions des adversaires : nous ajouterons même que son argumentation est fausse, parce qu'elle s'appuie sur une fausse supposition. Le P. Valerga suppose en effet dans la majeure du s3'llogisme que cette proposition disjonctive est complète : Si Dieu faisait une révélation à notre premier père Adam, ce devait être ou par la vue des effets de la puissance divine, c'est-à-dire par les créatures visibles, ou par la vision immédiate de l'Etre même de Dieu, ou finalement par un simple témoignage, manifestant ce qu'on ne voit pas soi-même. Dans le premier cas, c'est la science obtenue par une véritable démonstration ; dans le second, c'est ou l'ontologisme ou la vision béatifique ; la foi résulte de la troisième espèce de révélation, elle suppose la connaissance de la personne qui parle et témoigne. Mais saint Thomas, raisonnant sur la connaissance d'Adam, ajoute une quatrième distinction à celles-ci, et c'est la révélation par inspiration iîitenie ou irradiation de la lumière divine dans l'âme de notre premier père.
Or, puisque Valerga prend comme nous le Docteur d'Aquin pour maître, nous rapporterons la belle argumentation, par laquelle saint Thomas définit très bien la nature de la connaissance d'Adam pour ce qui regarde Dieu. En admettant que cette argumentation n'ait point par elle-même une valeur démonstrative en philosophie, sa vérité toutefois est très probable, et elle a certainement un très grand poids, considérée
(i) Del Tradi:{io7ialismo e del Semirationalismo, per il P. Leonardo Valerga Genova, 1861. Cap. I, § 6, pag. 24-25.