‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 24 sur 100 · A QUOI SE RÉDUIT LA RÉVÉLATION DITE SOCIALE. Et · texte numérisé non relu

A QUOI SE RÉDUIT LA RÉVÉLATION DITE SOCIALE. Et

véritablement, quand le traditionalisme insiste si fortement sur la distinction entre la révélation naturelle et la révélation surnaturelle (ce qu'il fait afin d'avoir le droit de soutenir la nécessité de la première, non de la seconde, pour la simple connaissance du monde spirituel et moral), il dit vrai, tant qu'il n'est question que de nous qui, sur les genoux de notre mère, apprenons à balbutier les noms de Dieu, de religion, d'âme, de morale; cette révélation maternelle est chose toute naturelle et bien différente de la révélation surnaturelle dont la sainte Église seule a reçu le dépôt sacré. Mais cette révélation domestique n'est que l'écho lointain d'une autre révélation qui, traversant les siècles passés, se termine à Adam, et se passe entre Dieu et l'homme. C'est donc dans ce premier père de la famille humaine qu'il convient d'examiner avec soin la nature et la nécessité de cette révélation qui, pour nous, peut être dite naturelle; c'est dans la personne d'Adam

(i) Ib. pag. 24.

qu'il faut déterminer si la révélation réclamée par le traditionalisme est réellement distincte de la révélation surnaturelle; si elle est une grâce, ou un droit de la nature, accompagnant la libre création de l'homme : et cette investigation est d'autant plus nécessaire que la nouvelle école soutient la nécessité du divin magistère, non-seulement pour nous, mais aussi pour Adam qui, évidemment, ne pouvait pas avoir l'enseignement domestique. Mettons-nous donc à éclaircir et à résoudre cette importante question.

En lisant avec quelque attention le texte doctrinal de saint Thomas, rapporté plus haut, on remarque facilement la très grand'î différence que le saint Docteur établit entre les deux manières de connaître concédées au premier homme dans l'état d'innocence ; l'une, que nous nommerons argumentative, est dite naturelle, parce qu'elle est propre à tous les hommes, étant conforme à la marche ordinaire de notre raison ; l'autre est appelée surnaturelle, parce que Dieu l'accorda par grâce à Adam ; elle n'est due en rien à la nature. Oportet ponere hominem in statu imiocentiae diiplicem perfectionem habuisse; imam quidem naturalem, aliam autem gratiae a Deo concessa?7î supra debitum naturalium principiorum. Et pour faire disparaître le doute sur la nature de cette seconde connaissance, l'angélique Maître la dit exclusivement liée avec la justice originelle qu'Adam devait transmettre à ses descendants avec la nature humaine; donc l'action divine, révélant au moyen de l'ilhistraticm interne de l'esprit, entre par sa nature dans l'ordre surnaturel de la grâce, et, de même que la justice originelle, elle était surnaturellement gratuite. Cum in statu innocentiae constitiiei^etiir Ada7n ab ipso (Deo) ut tôt i us humani geueris principium, non soliim a quo Jiatiira humana propagaretur in posteros, sed etiam quo in alios originalem justitiam transfunderet, oportet^ etc.

Cette révélation gratuite étant ôtée, nulle autre manière de connaître, selon S. Thomas, ne convenait naturellement et

ARTICLE II

Page 1