‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 25 sur 100 · LA RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

LA RÉVÉLATION

ne restait à Adam que celle de celui qui apprend, et par laquelle l'homme, au moyen de la démonstration, va du connu à l'inconnu, ex notis ad ignota nititiir pervenire; à moins que la nouvelle école ne veuille se tourner du côté des idées innées et dire qu'elles sont le bien propre et naturel de l'intelligence. Mais non, ils ne veulent pas, surtout les plus clairvoyants d'entre eux, entendre parler d'idées innées, car ils voient bien les malédictions que ce S5'stème leur attirerait (i). Donc, s'ils tiennent à transformer en nécessité le fait de la révélation primitive, il leur faut recourir au magistère par inspiration interne, ou par une illustration mentale, semblable à celle accordée aux Prophètes : In statu primae conditioms non erat aiiditiis abhomineexterius loquente, sed a Deo mterius inspirante,sicut et Prophetae audiebant, seciindum illiid Psalm. 84. Audiam qiiid loquatur in me Dominus Deiis (2). Mais nous avons démontré avec saint Thomas que cette révélation était de l'ordre surnaturel, super debitum naturalium principioriim. Donc, si du fait on veut faire une loi constitutive, la nouvelle école doit admettre, dans le chef de la famille humaine, l'union 7iécessaire^ et non-seulement de fait, de l'ordre surnaturel avec l'ordre naturel.

34. Continuation. — Nous reconnaissons toutefois que le tradidonalisme pourrait facilement décliner la conséquence que nous déduisons, en soutenant la nécessité du divin magistère, sans unir nécessairement l'ordre de la nature avec celui de la grâce, dans l'hj^pothèse que la miséricorde divine n'aurait pas élevé l'homme à l'état surnaturel. Mais si, par cette réponse, la nouvelle école se lave facilement de la tache d'avoir confondu et unifié le surnaturel proprement dit avec le naturel,

(i) En effet si l'on suppose une concomitance naturelle d'idées ou de connaissances avec la nature humaine, il n'y a plus de raison pour nier l'innéité en nous de ces même idées ou connaissances, comme nous le dirons en terminant cet article. Mais alors le traditionalisme n'aurait plus aucune raison d'être.

(2) H". 11^"'. Qu. V. Art. L ad. 1

nous ne voyons pas vraiment comment elle pourra échapper entièrement à notre conclusion, et ne pas admettre dans l'homme la nécessité d'un élément surnaturel aussi, sous un certain aspect, supra debitum natin^alium principiorimi, en disant nécessaire et naturel à la nature humaine ce qui en réalité est exclusivement gratuit.

Nous allons prouver théologiquement ce que nous avançons, et nous argumenterons spécialement contre les traditionalistes qui s'appuient sur saint Thomas, et qui admettent comme possible l'état de ndluvo. pure.

En traitant des diiîérences de l'état de nature intègre et de l'état de nature /'z^re, les théologiens, entre les autres, assignent la suivante: dans l'état de nature intègre, disent-ils, l'homme aurait été enrichi des connaissances nécessaires à la conduite de sa vie et à l'obtention de sa béatitude naturelle^ soit que ces connaissances aient pris leur développement par les idées innées, soit qu'elles l'aient dû à une illumination divine et interne. Dans l'état de nature pure^ au contraire, l'homme aurait été privé de ces connaissances, et seulement pourvu des facultés nécessaires pour acquérir les idées par le moyen des sens; précisément comme l'homme naît présentement, les traditionalistes le reconnaissent, quant à cette privation d'idées. Mais, selon la doctrine certaine que suit aussi le P. Ventura, l'état de nature pure était possible et ne répugnait en rien à l'omnipotence de Dieu, et par suite, ni à sa sagesse, ni à sa bonté, ni à sa justice ; car, remarque très bien Billuart, ce qui répugne à la sagesse, à la bonté et à la justice de Dieu, ne peut être considéré comme absolument possible : c'est pourquoi ce qui ne répugne pas à l'omnipotence ne répugne pas aux autres attributs divins (i). Donc, s'il voulait créer l'homme,

(i) Quidam theologi, pvaescindentes omnipotentiam divinam a caetevis attribiitis, dicinit statum natiu-ae purac, attenta divina omnipoientia sic praecisa, esse possibilem; attenta autem divina omnipoteniia ut conjuncta divinae sapientiae, bonitati et jiistiiiae, non esse possibilem. Veriim haec metaphysica praecisio

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