ARTICLE IV. LA POSSIBILITL MORALE
la main cet homme qu'elle a si profondément abaissé, et elle ose lui adresser avec un orgueil sanatique le blasphème de Fichte et lui dire : Lève-toi, tu es un Dieu !!! Le rationalisme transcendantal ne pouvait pas trouver dans son délire un plus amer sarcasme pour insulter atrocement à la pauvre humanité.
43. Conclusion. — On peut juger combien justement nous disions au commencement de cet article que le traditionalisme ne pouvait être une question de fait, mais bien d'hypothèse ou de possibilité ; et la nouvelle école ne sachant pas, ou pour mieux dire, ne voulant pas distinguer ces deux ordres, a injustement accusé l'école catholique, son adversaire, de pencher vers le rationalisme non catholique et d'en suivre le drapeau. Poursuivant donc la division indiquée dans cet article, nous avons maintenant à parler de la possibilité morale et de la possibilité métaphysique, et à trouver le moyen de déterminer la véritable nature du problème, en tenant compte des équivoques semées sur la question par le traditionalisme.
ARTICLE IV La possibilité morale
Sommaire. — 44. Nature de la possibilité morale. — 45. Nécessité morale de la révélation. — 46. Deux questions. — 47. Réponse de Ventura. — 48. Réponse de Bensa. — 49. Observations.
44. Nature de la possibilité morale. — Les rationalistes, en niant le fait de la révélation primitive, soutiennent que l'homme dans sa condition présente, a, dans sa propre raison, des forces suffisantes pour s'élever par lui-même jusqu'à l'ordre de la vérité et de la vertu ; ils reconnaissent donc à la raison isolée de la révélation la possibilité morale de se faire un patrimoine scientifique. Cette possibilité morale considère la raison humaine avec tous ses accessoires. Dédaignant presque les théories riiétaphysiques qui établissent les relations de
notre âme avec la vérité par l'ordre des objets, elle applique toute son attention sur Thomme dans son contact naturel avec la société; elle observe ses besoins continuels et immenses, ses infirmités, ses distractions, la sécheresse et les fatigues de l'étude; elle ne manque pas de nous mettre devant les yeux l'épouvantable tableau des passions humaines, qui débilitent les forces de l'esprit et le rendent inhabile ou revêche à la recherche pénible du vrai. Dans cette revue, on tient peu de compte, ou plutôt on passe sous silence la petite fraction des génies d'élite qui, épris d'un saint et ardent amour pour la vérité, ont assez de loisirs pour se consacrer à la science ; mais on prend le genre humain dans son ensemble seulement. Le tableau étant ainsi tracé, on demande : la révélation est-elle moraleme?it nécessaire à l'homme ? L'homme privé de la lumière ou du magistère traditionnel aurait-il moralement pu acquérir, par lui-même et par le raisonnement, une connaissance de Dieu telle qu'elle eût suffi à la direction de sa vie individuelle, soit sociale, soit religieuse ?
45. Nécessité morale de la révélation. — A cette question le traditionalisme répond par un non absolu, et nous sommes heureux de proclamer qu'en ceci il a raison, et que, avec les Pères et les Apologistes de l'Eglise catholique, il a triomphalement défendu la vérité de la thèse contre le délire du rationalisme. Et véritablement, comment le genre humain, assailli par mille soucis et nécessités de la vie, par les infirmités, les travaux, les angoisses, et par surcroît, la plupart des hommes ayant peu de génie et peu de bonne volonté pour se soumettre aux fatigues extrêmes de l'étude, aurait-il pu, sans l'intervention du magistère divin, élaborer un système complet de science et 3^^ trouver la règle de sa vie propre ? Toujours courbé vers la terre, contraint de gagner à la sueur de son front le pain, aliment de sa vie, sans cesse agité par la tempête de passions qui excitent de rudes combats entre les diverses affections de son cœur, comment l'homme aurait-il pu porter