‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 30 sur 100 · ARTICLE IV. — LA POSSIBILITE MORALE DI · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — LA POSSIBILITE MORALE DI

complet sur Dieu, l'âme et les lois. Aussi lorsque le traditionalisme soutient l'impossibilité morale où est la raison individuelle de se suffire à elle-même et, conséquemment, la nécessité morale de la révélation divine, il est dans le vrai ; mais il ne nous apprend rien de nouveau, car cette doctrine fut toujours enseignée dans le Catholicisme, et mise dans la plus splendide lumière par les Pères, les Docteurs et les Apologistes de l'Eglise de Jésus-Christ.

Toutefois, en traitant de l'impossibilité morale avec l'école traditionaliste, il faut user de circonspection, et avant de porter un jugement, quelques observations importantes sont nécessaires.

En lisant les arguments que nous indiquons sur la nécessité morale de la révélation, le lecteur aura facilement remarqué deux choses: 1° qu'ils sont fondés sur l'état présent de ruine et de corruption de la nature humaine, et comme le rationalisme n'admet pas d'autres états, l'argumentation s'adapte admirablement à la question ; elle acquiert en outre une valeur uiétaphj'sique contre les insensés qui veulent qu'au principe l'homme n'ait pas été doué d'une âme raisonnable, et que sa condition n'ait pas été meilleure que celle des animaux; 2° que nos arguments ne refusent point à l'homme, en dehors de la révélation, une certaine connaissance du monde spirituel et moral, mais seulement la connaissance suffisante pour régler la vie humaine dans ses relations religieuses, individuelles et civiles. L'argumentation étant établie sur ces deux bases, nous avons dit qu'il n'y avait pas division entre les antitraditionalistes catholiques et les traditionalistes, mais que la question était entre les catholiques et les rationalistes.

46. Deux questions. — Mais, dans l'hypothèse de la nature humaine considérée en elle-même, l'homme,- sans la révélation divine, aurait-il moralement pu trouver les vérités des choses suprasensibles, nécessaires pour atteindre la fin naturelle des créatures raisonnables ? Et, dans l'état de la nature corrompue,

l'homme, isolé de la révélation divine, aurait-il moralement pu connaître, sinon toutes, au moins une partie, au moins une vérité de l'ordre suprasensible, de l'ordre moral, cette connaissance restant même imparfaite ? Ici nous trouvons le traditionalisme divisé en deux opinions.

47. Réponse de Ventura. — Le Père Ventura parlant de l'état de nature en soi, soutient l'impossibilité pour la raison humaine d'acquérir seule n'importe quelles idées du monde suprasensible. Cette doctrine du savant théatin tendait à établir l'impossibilité métaphj'sique^ pour la raison isolée, d'acquérir la plus petite connaissance des choses spirituelles et morales ; bien que, comme nous le dirons dans l'article suivant, il confonde ensuite l'impossibilité métaphj'siqiie avec l'impossibilité morale^ et qu'il se jette manifestement dans les contradictions. Cette doctrine est vraiment terrible ; car elle frappe d'impuissance morale la raison intègre, capable de sentir sa propre dignité, naturellement emportée avec passion vers la possession du vrai, obligée, même avant tout magistère extérieur, de suivre le bien, de fuir le mal, de ne pas obéir inconsidérément à l'entraînement des sens, mais de conformer sa vie aux règles du vrai, du juste et de l'honnête. On accorde à l'homme la lumière de l'intelligence qui constitue sa nature, et on le met en même temps dans la nécessité morale de marcher toujours dans les ténèbres; on lui reconnaît une volonté libre de disposer de ses actions, mais moralement obligée de les diriger vers l'acquisition de la vraie félicité qui est seulement en Dieu, et en même temps on oblige moralement cette volonté à se courber vers la terre, sans qu'elle puisse jamais trouver dans son cœur un désir qui la soulève vers le ciel. On assure tout cela de la nature humaine qui, cependant, serait sortie des mains de Dieu parfaite quant au corps, saine quant à l'intelligence, non égarée ni affaiblie par les soins et les infirmités de la vie, mais robuste et florissante de vigueur; non portée à l'inertie et à l'ennui de l'étude.

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