‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 45 sur 100 · Argument du cardinal D'AcufRRE. — Tout homme · texte numérisé non relu

Argument du cardinal D'AcufRRE. — Tout homme

l3o CHAPITRE III. — DIEU

bien qu'élevé dans la barbarie ou, si l'on veut, ayant grandi dans les bois, loin de tout commerce civil ou domestique (et à plus forte raison une société formée de créatures raisonnables), est soumis à la loi fondamentale de nature qui ordonne d'éviter le mal moral et d'adhérer constamment au bien. Mais une telle loi et une obligation si stricte, en connexion nécessaire avec la nature humaine, seraient inintelligibles, sans une connaissance préalable de Dieu législateur, connaissance au moins interprétative et puisée dans le devoir prochain, sinon formelle et directe. Donc, tout homme doué de raison, bien qu'élevé au sein de la barbarie, et aj-ant grandi loin de tout commerce social, a nécessairement la connaissance de Dieu, soit formelle et explicite (i), soit interprétative et incluse dans le devoir prochain ; conséquemment personne ne peut être constitué dans l'ignorance invincible sur l'existence de Dieu, mais, tout au plus, dans une ignorance vincible et par suite coupable.

La conséquence est de tout point claire et évidente. D'ailleurs la mineure de l'argument, dont la vérité pourrait peut-être souffrir des attaques, se prouve de plusieurs manières. En premier lieu elle est entièrement conforme à la doctrine et aux paroles de S. Thomas rapportées par Ferré. La foi en Dieu précède l'observance de la loi ; car avant de se reconnaître soumis à la loi, il est nécessaire de savoir de quel Législateur émane cette loi. Donc, l'obligation de la loi de nature présuppose, dans l'homme, une certaine connaissance de Dieu législateur suprême. Cette vérité est encore confirmée expressément par S. Thomas, quand il dit que l'homme parvenu à l'usage de

(i, Nous expliquerons pour ceux qui seraient peu habitués au langage sco- Instique que les théologiens distinguent deux connaissances de Dieu ; Tune explicite QX formelle par laquelle Dieu est connu explicitement et distinctement, c'est-à-dire en tant que Dieu, soit que cette connaissance vienne de la foi, soit qu'on la doive aux seules lumières de l'intelligence ; l'autre est dite virtuelle et implicite parce qu'elle ne se termine point directement à Dieu en tant que Dieu, mais à une fin honnête, en qui Dieu est implicitement contenu, comme auteur de ce bien intermédiaire

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