ARTICLE IV. — PREUVE DE L EXISTENCE DE DIEU
non enseigné par la révélation est dans le devoir prochain de rechercher et de connaître la fin où le porte sa nature, et de voir la sanction de la loi naturelle dans la connaissance du Créateur. Mais le devoir prochain exclut nécessairement l'ignorance invincible de Dieu, et l'exclusion de l'ignorance invincible ne peut s'accorder avec l'impossibilité, soit absolue soit morale, pour la raison humaine, de parvenir à la connaissance de Dieu (i). Il est donc manifeste que la société privée de la tradition pourrait, même moralement parlant, connaître Dieu ; donc les hommes morts hors de la révélation ne seraient pas dans l'état de petits enfants, morts avant d'avoir acquis l'usage de la raison (2).
ARTICLE IV
Preuve de V existence de Dieu
Sommaire. — 106. Intention de l'auteur. — 107. Démonstration de l'existence de Dieu fondée sur le principe de causalité. — 108. Observations sur cette démonstration. — 109. Opinion de Ventura sur la certitude acquise par la démonstration.
106. Intention de l'auteur. — Ayant démontré. Je dirai comme a priori^ la possibilité absolue pour l'àme humaine, soit individuelle soit en société, mais privée de la révélation,
(2) Omnis creatura rationalis ipsam (legem aeternam) cognoscit secundum aliquamejus irradiationem, vel majorem velminorem. Omnis enim cognitioveritatis est quaedam irradiatio,et participatio legis aeternae,quae estveritas incommutabilis, ut Aug. dicit in lib. De vera Religione. Veritatem aiitem omnes aliqualiter cognosciint, ad minus quantum ad principia communia legis naturalis : in aliis vero quidam plus, et quidam minus participant de cognitione veritatis : et secundum hoc etiam plus, vel minus cognosciint legem aeternam. 1. 11. Qu. XCUl. Art. 11. — Ad legem naturalem pertinent primo quidem quaedam praecepta communissima, quae sunt omnibus nota; secundario autem quaedatn seciindaria praecepta magis propria, quae sunt quasi conclusiones propinquac principiis. Quantum ergo ad illa principia communia, lex naturalis, nullo modo potest a cordibus hominum deleri in universali. 1. 11. Qu. XCIV. Art. VI.
de s'élever jusqu'à certaines vérités ayant Dieu et la morale pour objet, l'ordre même de la matière m'impose la tâche de fortifier la thèse pratiquement, pour ainsi dire, en discutant quelqu'une des nombreuses preuves que les philosophes et les théologiens mettent toujours en avant, pour démontrer apodictiquement l'existence de Dieu. Cette discussion nous permettra de juger avec plus de sécurité, si notre âme, privée de l'enseignement divin immédiat ou médiat , aurait pu, par ses propres déductions et avec sa seule lumière, trouver en elle-même et dans les créatures qui l'entourent un point d'appui assez ferme pour s'élever à Dieu.
Nous avons dit plus haut avec S. Thomas, si le lecteur veut se le rappeler, que nous n'avons pas de connaissances scientifiques sur Dieu, sinon en considérant Dieu comme la cause première de toutes les créatures. Hoc soliim ratione iiaturali de Deo cognosci potest, qiiod couipetere ci necesse est, seciindum quod est omnium entiiim Principiiim; et la raison qu'en donnait le Saint c'est que nous ne pouvons connaître Dieu que par l'intermédiaire des créatures. Si donc l'intellect humain, non éclairé par la révélation, peut découvrir un reflet de la gloire divine dans les créatures, le traditionalisme est mort.
Mais pour s'en rendre compte, il est nécessaire, comme on le voit, d'analyser les éléments qui entrent dans une des démonstrations de l'existence de Dieu. Je n'ai certainement pas l'intention de rapporter tous les arguments qu'on a coutume de produire en pareille matière, et beaucoup moins d'examiner les opinions des philosophes sur la connaissance que nous avons de Dieu ; c'est-à-dire de rechercher si, comme le prétendent les ontologistes, notre âme saisit Dieu par intuition, ou si elle le trouve par la démonstration a priori ou a posteriori ; ce serait s'étendre bien loin, sans aucun profit pour notre thèse. Je veux seulement examiner une démonstration quelconque, et si nous trouvons qu'elle se compose, d'éléments connus par l'intellect sans le