ARTICLE III. — PREUVE DE L EXISTENCE DE DIEU
secours de la révélation, nous aurons suffisamment réfuté le traditionalisme.
107. Démonstration de l'existence de Dieu fondée sur le PRINCIPE DE Causalité. — Les doctrines de l'illustre Ventura nous serviront d'exorde en ce sujet. Comme nous Tavons fait remarquer plusieurs fois, Ventura accorde aux forces exclusives de Tcsprit humain les concepts même les plus abstraits de cause et d'effet, de bien et de mal, de parfait et d'imparfait et cent autres semblables. Or, pour ne pas délirer avec Hume, le concept d'effet, en tant que tel, étant de sa nature un concept relatif, renferme nécessairement le concept de cause; d'où il est impossible que notre intellect conçoive la production d'une chose quelconque, sans concevoir en même temps la causalité : à ce sujet les anciens disaient avec sagesse : correlatti'a siuU simili cognitione. Je pourrai bien avoir dans mon esprit le concept séparé de François^ par exemple, sans percevoir autre chose ; mais il m'est impossible d'avoir le concept de François en tant que Jîls^ si je n'ai simultanément le concept d'une cause qui l'a produit et que je nomme père. Et si, dans la connaissance d'une cause obtenue par la voie de l'effet, je découvre, avec le principe efficient de ce premier effet, un côté établissant cette cause elle-même comme effet par rapport à une autre cause, je devrai monter à cette autre cause, et de celle-ci à une autre encore, jusqu'à ce que je parvienne à arrêter mon esprit sur une cause non produite, et cause première. Tout ceci est de l'ordre ontologique, lequel ne me donne pas l'existence réelle de cause ni d'effet, mais où je vois que, si quelque chose existe réellement, je pourrai transporter à l'ordre des existences mon raisonnement abstrait. Je veux dire que, passant de l'universel au particulier, du possible à l'existence, et me tenant fermement à l'axiome : il n'y a pas d'effet sans cause, axiome qui, en vertu de son universalité, doit se vérifier dans tous les cas, toute connaissance de l'existence d'un effet, en tant que tel, non-seulement me
IDO CHAPITRE ill. — DIEU
donnera le droit, mais obligera infailliblement, nécessairement mon intellect de reconnaître à cet effet une cause réelle^ qui, par son action réelle^ aura communiqué Têtre à cet effet. Dans ce cas, je ne fais pas autre chose qu'une S3mthèse, et elle me présente la réalisation concrète du principe ontologique : il n'y a pas d'effet sans cause.
Or, d'après les concessions, et même d'après les doctrines du traditionalisme rejetant les exagérations de Bonald, nous pouvons avoir les concepts abstraits ou rationnels de l'ontologie ; et nous avons de plus les connaissances empiriques du monde sensible, qui sont le patrimoine essentiel de notre intelligence -, connaissances qui, directement ou indirectement, nous sont fournies par les sens. Donc nous pouvons, même sans le concours de la révélation, concrèter le principe ontologique : l'existence d'un effet Jiécessite l'existence d'une cause, et dire : cet effet existe, donc la cause de cet effet existe pareillement; car, de même qu'en abstraction le concept d'effet emporte avec lui le concept de cause, ainsi, dans Tordre des existences, le concept concret et réel d'un effet appelle nécessairement le concept d'une cause concrète et réelle; c'est évident. Et ainsi, en remontant de l'effet réel à la cause réelle, et de celle-ci, quand elle comporte une dépendance, à une autre cause réelle, notre intellect arrive finalement à découvrir une cause première, non produite et également réelle, de qui la série graduée des effets à reçu l'existence.
Cet argument tiré du principe de causalité pour démontrer l'existence de Dieu est très commun, et S. Thomas l'a mis dans toute son évidence. Il prend deux éléments, l'un empirique, l'autre rationnel : l'existence d'une série subordonnée de causes efficientes, connue par le moyen des sens, comme la génération humaine, par exemple, tel est l'élément empirique; la répugnance d'une série infinie et subordonnée de causes efficientes, tel est l'élément rationnel. De ces deux éléments réunis ensemble naît le troisième, c'est-à-dire l'existence d'une