‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 49 sur 100 · ARTICLE IV. — PREUVE DE L EXISTENCE DE DIEU IDI · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — PREUVE DE L EXISTENCE DE DIEU IDI

cause p?'e?m ère efficiente. La force de cet argument s'impose à quiconque ne veut pas délirer de propos délibéré, comme il arrive aune certaine classe d'idéalistes. Mais voici dans son intégrité la démonstration du Saint :

Nous sommes très certains par le témoignage de nos sens et de notre expérience de l'existence réelle d'une série subordonnée de causes efficientes, comme, par exemple, la génération successive des hommes ; d'autre part, il n'existe pas et il ne peut absolument pas exister une cause qui soit à ellemême la cause efficiente de sa propre existence ; parce qu'alors elle serait en même temps antérieure et postérieure à ellemême : antérieure comme cause productrice ; postérieure, comme effet produit ( i}. De [plus, dans les causes efficientes subordonnées il est impossible d'aller à l'infini, de manière à n^avoir point de cause première de qui viennent toutes les autres ; car, dans une série ordojinée de causes efficientes, la première est cause des intermédiaires 'qui sont effet sous ce rapport), et les intermédiaires sont causes du dernier effet; que ces causes intermédiaires soient nombreuses, ou qu'une seule soit supposée. Mais la cause étant ôtée, l'existence de l'effet répugne. Donc, si, dans la série subordonnée des causes efficientes, on n'admet pas une première cause existant réellement et qui soit uniquement cause et non effet, on n'aura ni les causes intermédiaires, ni le dernier effet, et par suite rien n'existera. Conclusion manifestement fausse, comme

(i) Invenimus in istis scnsibilibus esse ovdinein caiisarum efficientium ncc tamen invenitur, nec est possibile. quod aliquid sit causa efficicns sui ipsius, quia sic esset prius seipso, quod est impossibile. Non autem est possibile, quod in causis efficientibus proccdatur in injînitum, quia in omnibus caiisis efficientibus ordinatis, primum est causa medii, et médium est causa ultimi, sive média sint plura, sive unum tantum: remota autem causa, removetur effectus: ergo, si non fuerit primum in causis efficientibus, non erit ultimum, nec médium. Sed, si procedatur in injinitum in causis efficientibus, non erit prima causa efficicns, et sic non erit nec effectus ultimus, nec causae efficientes mediae, quod patct esse falsum : ergo est necesse ponere àliquam causam efficientem primam : quam omnes Dcum nominant. — Sum. Theol., P. 1. Qu. 11. Art. 111.

nous le disions en commençant, fort du témoignage des sens et de la conscience. Il existe donc nécessairement une cause première et nous la nommons Dieu.

io8. — Observations sur cette démonstration. — Je demande aux traditionalistes, qui pensent comme le Père Ventura, si vraiment il est absolument besoin du magistère traditionnel pour obtenir le résultat de cette démonstration? S'ils réfléchissent un peu posément sur leurs principes, et s'ils veulent être conséquents, ils seront de notre avis. En effet, ils accordent à l'homme, comme son patrimoine absolu, même s'il est privé de la révélation, la connaissance rationnelle de cause et d'effet, et la certitude de l'existence des contingents, c'est-à-dire, dans la question présente, la certitude d'une série de causes efficientes subordonnée^, comme la succession des hommes par qui nous vient l'enseignement; autrement le scepticisme le plus extrême est inévitable. Mais la connexion entre l'effet et la cause est bien un axiome très évident, qui naît nécessairement du concept même d'effet, comme nous l'avons dit; pourquoi donc la raison humaine ne pourrait-elle point par elle-même saisir et exprimer cette connexion dans l'ordre des existences, quand les existences frappent continuellement nos sens ? Contester cette possibilité, c'est évidemment frapper de mort la raison, en lui refusant en fait ce qu'on lui accorde en théorie. On ne peut donc pas refuser à l'homme isolé de la révélation la possibilité de connaître Dieu de quelque manière, pas plus qu'on ne peut nier que l'homme sans la tradition est essentiellement raisonnable.

On dira de même des arguments tirés de la contingence des choses et qui veulent la préexistence d'un être nécessaire; du plus ou moins de perfection des créatures, car il n'y a pas de plus ou moins dans la perfection, sans la relation à un être souverainement parfait; de l'ordre de l'univers qui veut nécessairement un Ordonnateur infiniment intelligent; du bien et du vrai, qui sont tels seulement par la participation d'un sou-

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