ARTICLE VII. AUTRE OBJECTION DE VENTURA IO
tion de la nature des choses sensibles, elles sont des effets, et les effets indiquent une relation essentielle à une cause, avec laquelle ils sont intimement liés, comme au principe qui leur a donné l'être. C'est pourquoi, comme tout effet démontre l'existence d'une cause, ainsi l'existence des créatures démontre l'existence d'un Créateur possédant tous les attributs; car ils lui sont nécessairement dus, comme à la cause suprême de toutes choses. Ainsi, nous connaissons les intimes relations qui unissent l'existence des créatures à Dieu, et de plus, l'immense différence qui est entre Dieu et les créatures dans l'ordre de la perfection ; car Dieu n'a formellement aucune des perfections limitées des créatures, mais il les contient toutes, sans aucun défaut et d'une manière éminente.
Que peut-on trouver de plus clair pour prouver qu'il v a réellement une î^elation entre le monde sensible et Dieu, et pour nous convaincre que notre esprit peut, en vertu de cette même relation, se démontrer l'existence de Dieu ? Or, remarquons-le, S. Thomas considère la raison humaine dans son développement naturel, c'est-à-dire en tant qu'elle se sert de l'intermédiaire des choses sensibles. Et de même que notre esprit abstrait les concepts universels de ces choses, malgré leur matérialité ; ainsi, dit S. Thomas, bien qu'elles soient contingentes, elles peuvent donner à l'intellect des ailes pour l'élever plus haut, et lui faire, sinon comprendre Dieu, du moins connaître sûrement son existence et les attributs qui lui conviennent comme à la cause première de tous les êtres, en vertu de cet axiome : L'effet ne peut avoir aucune perfection dont sa cause soit absolument privée. Ceci est vraiment de la métaphy-
essentia videri. Sed quia siint ejiis effectits a causa dependerites, ex eis in hoc perduci possumus, ut cognoscamus de Deo, an est : et ut cognoscamus de ipso ea, quiE necesse est ei convenire secundum quod est prima omnium causa excedens omnia sua causata. Unde cognoscimus de ipso habitudinem ipsius ad creaturas, quod scilicet omnium est causa : et difFerentiam creaturarum ab ipso, quod scilicet ipse non est aliquid eorum, quœ ab eo causantur : et quod haec non removentur ab eo propter ejus defectum, sed quia superexcedit.
l68 CHAPITRE 111. — DIEU
sique « ferme comme une tour, dom le sommet résiste, à jamais inébranlable, à tous les efforts de la tempête. »
Sta, corne torre, ferma, che non crolla Giammai la cima per soffiar de' venti(i).
Ventura n'est donc point dans le vrai quand il affirme si hardiment que sa doctrine est celle de l'Ange de l'Ecole.
120. Paroles de la sainte écriture. — Mais tout cela ne fait rien contre nous, pourraient s'écrier les traditionalistes avec Ventura, nous admettons et soutenons que l'existence de Dieu se démontre apodictiquement par les effets, nous prétendons seulement que ces effets n'auraient pu nous donner un solide point d'appui sans la révélation. — Oui ? Mais de grâce n'équivoquons point, et ne nous repaissons point d'illusions, dans une question de si grand intérêt et à laquelle est liée la vie ou la mort de toute philosophie. Eh quoi! sans la révélation traditionnelle les créatures n'auraient pas découvert leur contingence ! Je ne me serais pas cru un être imparfait, changeant, ayant reçu l'être et la vie d'une cause ! C'est peut-être seulement depuis la tradition sociale que les cieux racontent la gloire de Dieu et que le firmament révèle ses œuvres ? La tradition était donc nécessaire pour que les créatures manifestassent à l'intelligence humaine les attributs invisibles du Créateur (2) ? Ecoutons la réponse que l'Ecriture fait à ces questions :
« L'esprit de Dieu a orné les cieux (3); il a posé son pavillon dans le soleil : celui-ci , semblable à un époux sortant de sa chambre nuptiale, s'élance comme un géant pour fournir sa carrière. Il part de l'extrémité du ciel, et sa course va à l'autre extrémité, et personne ne se cache à sa chaleur? (4). Venez et contemplez les œuvres du Seigneur (5). Il s'est revêtu de gloire
(1) Danlc, Pitrga/orio, Canto V.
(2) Rom. I, 20.
(3) Job. 26, i5.
(4) Psal. 18, 5-G.
(5} Psal. 45.