‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 52 sur 100 · ARTICLE VII. — ALTRE OBJECTION DE VENTURA · texte numérisé non relu

ARTICLE VII. — ALTRE OBJECTION DE VENTURA

et de splendeur, la lumière l'environne comme un vêtement. Il a fondé la terre et Ta rendue stable sur elle-même; l'abîme l'enveloppe comme une ceinture (i). Il commande à la neige de tomber sur la terre, il envoie les pluies d'hiver et les tempêtes impétueuses. Au souffle de Dieu la glace se forme, et les eaux se répandent ensuite partout dans une grande abondance. Le froment désire les eaux des nuées, et les nuées répandent leur lumière. Elles vont ainsi de toutes parts à l'entour, partout où les conduit la volonté de celui qui les gouverne, elles accomplissent ses ordres dans toutes les parties de la terre (2). Qui a fermé les portes de la mer et la contient dans ses limites, lui donnant le nuage pour vêtement et l'enveloppant d'obscurité, comme l'enfant de ses langes ? Qui lui a dit : Tu viendras Jusque-là, et tu n'iras pas plus loin ; ici tu briseras tes flots orgueilleux ? Qui a donné sa loi à la lumière du matin, et a montré à l'aurore le lieu où elle doit apparaître? Qui ramène à son heure Fétoile du matin, et fait ensuite lever celle du soir sur les enfants des hommes ? Qui envoie la foudre qui va et revient disant : Me voici à tes ordres (3) ? C'est la sagesse du Très-Haut qui a fait naître dans le ciel une lumière qui ne finira jamais, et qui a couvert toute la terre comme d'une nuée. Seule, elle a fait le tour du ciel, elle a pénétré la profondeur des abîmes ; elle a marché sur les flots de la mer, et a posé le pied partout sur la terre (4). Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie les œuvres de ses mains. Le jour annonce au jour cette parole, et la nuit la dit à la nuit. Il n'y a point de langage ni de langue par qui leurs voix ne soient entendues; le bruit de leur marche s'est répandu par toute la terre, et leurs paroles sont allées à ses dernières limites [p). »

(i) Psal. io3, 2-6-7.

(2) Job. 37.

(3) Job. 38.

(4) Eccles. 24.

(5) Psal. 18. Propheta dicebat : Cœli enarrant gloriam Dei. Qnomodo igitur narranf? Die luilii. \'ocem no)i habent, os >wn poisident, ipsis non est lingua.

lyO CHAPITRE III. — DIEU

Tel est le langage de Dieu sur la grandeur et la magnificence des œuvres de sa création. Eh bien ! est-il possible que sans la parole traditionnelle la voix de la nature ne fût jamais parvenue jusqu'à l'intelligence de l'homme ? Que la beauté de l'univers n'eût jamais frappé nos regards pour nous révéler en lui cette sagesse qui se joue (i),en créant une infinité de choses diverses. Une machine quelconque nous indique un ouvrier , et la grande machine de T univers ne nous révélerait pas le maître Ouvrier (2) ! Ils le veulent ainsi pourtant. Dans le s3-stème traditionaliste, les grandes voix de la nature seraient muettes, et à l'homme qui aurait interrogé l'œuvre admirable de la création, pas une seule voix n'eût dit : La renommée de la sagesse éternelle est arrivée jusqu'à nous (3) ! C'est ce que Laurentie dit explicitement 4), et ce que les traditionalistes affirment; c'est ce que soutient aussi Ventura, quand il brise toute relation entre le monde et Dieu , mettant entre eux un abîme que l'homme, privé de la tradition, est impuissant à franchir.

121. Funestes conséquences du principe traditionaliste. — Mais comment le traditionalisme ne s'est-il pas aperçu qu'il

quomodo igitiir narrant? Per ipsum aspectum. Citm enim videris pidchritudinem, magnitudinem, celsitudinem, sitiim, formam per tantum temporis permanere, tanqiiam vocem audiens, et ad aspectum discens, adoras Eum, qui tam pulchrtim et admirabile corpus creavit. Tacet cœhim, sed ipsius aspectus vocem tuba clariorem emittit, per oculos, non per aures nos docens : hic enim sensus a natura est illo celsior et manifestior. S. Joann. Chrys. Hoviil. X. ad populum Antioch. pag. 79, Ed. Paris. i588.

(i) Prov. 8, 22.

(2) Qiiemadmodum referunt de statuario Phidia,quem sua opéra ex commen. sione et proportions partiiim inter se, etiam absentem, extraque contuitum positum repraesentarint : ita quoque ex mundi ordine ejus opifex, et conditor Deus intelligendus est, tametsi corporels oculis spectari nequeat. Non enim abusiis est sua invisibili natura Deus (ne quis hoc causificetur) , nec se ignotum hominibus prorsus reliquit ; sed, ut dixi, ita instruxit rerum naturam, ut ipse tametsi natura esset invisibilis, tamen ex operibus suis cogyiosceretur. S. Athanas. Oratio contra gentes, pag. 14, Edit. Paris, 1608.

(3) Job, 28, 22.

(4) Nous ne craignons pas de le dire : Les deux seraient muets pour une intelligence tombée qui ne saurait pas s'il y a un Dieu. Laurentie, Introduction a la Philosophie, Théodicée, N. 5.

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