‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 65 sur 100 · CHAPITRE II. — S. THOMAS ET LES IDÉES INNÉES 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — S. THOMAS ET LES IDÉES INNÉES 3o

à faire accepter avec une extrême réserve les opinions du savant professeur ; elles donnent le droit de lui demander des preuves évidentes en faveur de son interprétation, qui n'est pas selon la lettre de S. Thomas, il le confesse, et qui est opposée aux traditions constantes et non interrompues de l'Ecole thomiste.

Mais Ubaghs, suivant l'habitude des hommes instruits, s'empresse de satisfaire aux justes demandes de ses lecteurs.

9. Textes de S. Thomas contraires aux idées innées. — Afin d'exposer exactement la doctrine de S. Thomas et de ne rien avancer sans preuve, nous citerons d'abord, dit Ubaghs, les textes qui doivent nous servir de base et de guide ; ensuite nous nous efforcerons de déterminer le sens vrai et précis que le saint Docteur attache à ces mêmes textes. Ceux que nous avons à citer présentement sont de deux sortes: les uns semblent exclure les idées innées, et les autres les admettent. Commençons par rapporter les premiers:

« L'intellect humain, qui est le dernier dans l'ordre des intellects et le plus éloigné de la perfection de l'intellect divin, est en puissance par rapport aux intelligibles, et à l'origine, il est comme une table rase où rien n'est écrit (i). »

u Le premier homme ne posséda "point la science . . . par le moyen d'espèces connaturelles, puisqu'il était de la même nature que nous et que notre âme est comme une table où rien n'est inscrit (2). »

« Il faut dire que l'àme intelligente est en puissance tant

(i) Intellectiis humamis, qui est infimus in ordine intellectuum, et maxime remotus a perfectione divini intellectiis, est in potentia respectu intelligibiliitm, et in principio est siciit tabula rasa, in qua nihil est scriptum, ut Pliilosophus dicit in III de Anima. P. I. Qu. LXXIX. Art. II. (La traduction de ces textes latins n'est pas d'Ubaghs. A. M.)

{ij Primiis homo 7ion habuit scientiam... per species connatiirales, quia erat ejusdem naturae nobiscum : anima autcm nostra est siciit tabula in qua nihil est scriptum, ut dicitur in III de Anima. Op. cit. I. Qu. XCIV. Art. III. Ohjcct. I. — Je ne vois pas pour quelle raison Ubaghs a choisi ce texte qu'on lit dans la première objection de l'article cité, quand des textes semblables surabondent dans S. Thomas. Néanmoins, afin d'exposer plus exactement la marche suivie

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par rapport aux similitudes qui sont les principes de la sensibilité, que par rapport aux similitudes qui sont les principes de rintellection. C'est pourquoi Aristote enseignait que rintellect, faculté intellective de l'âme, n'a pas quelques espèces naturellement innées, mais qu'au principe, il est en puissance pour toutes les espèces de cette nature (i). »

10. Textes favorables aux idées innées. — Ces textes, poursuit Ubaghs, et d'autres très nombreux de même nature qu'on pourrait produire, sont très clairs ; entendus dans leur sens obvie, ils donnent à penser que l'Angélique exclut expressis terminis toute information par les idées innées (De quelques principes etc. Toutefois, d'autres textes présentent la même clarté et sont favorables à ces mênies idées. Le docte Professeur fait choix, dans le nombre, des cinq suivants :

« Dieu est d'une manière très excellente et efficace la cause de la science de l'homme ; il a orné son âme de la lumière intellectuelle et il y a imprimé la connaissance des premiers principes, qui sont une espèce de semence des sciences, de la même manière qu'il a renfermé dans les autres êtres les raisons séminales des effets qu'ils devront produire (2). »

« Il 3^ a naturellement dans la raison de l'homme certains principes naturellement connus, tant de ce qu'on peut savoir que de ce qu'on doit faire ; ce sont des espèces de semences des vertus intellectuelles et morales (3). »

par le célèbre Professeur, j'ai cru devoir reproduire ses citations, d'autant mieux que la doctrine contenue dans robjection est admise par S. Thomas.

(i) Oforiei dicere qiiod anima cognoscitiva sit in potentia iam ad sijuiliiudines, qiiae siint principia sentiendi, qiiam ad siniilitudines quae sitnt principia intelligendi. Et propter hoc Arisioteles posuit, qiiod intellectus, qiio anima intelligit, non liabet alignas spccies natiiraliter indiias, scd est in principia in potentia ad hujusmodi species omncs. Op. cit. I. Qu. LXXXIX. Art. III.

(2) Dciis hominis scientiae causa est exccllentissimo modo; quia et ipsam animam intellectuali lumine insignivit, et notitiam primorum principiorum ci impressit, quae sunt quasi quacdam scminaria scicntiarum, sicut aliis rébus impressit séminales rationes omnium cffectuum producendorum. Qq. Disp. De Verltate. Qu. XI. De Magistro. Art III.

(3) In ratione hominis insunt naturalitcr quaedam principia naturaliter

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