‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 68 sur 100 · CH. III. PREMIERE PARTIE DU PROBLEME. DOQ · texte numérisé non relu

CH. III. PREMIERE PARTIE DU PROBLEME. DOQ

par lequel se forme le concept (vcrbum mentis \ peut être considéré dans deux états : ou privé de Finformation des espèces, ou informé par elles, mais n'étant pas encore actuellement connaissant. Dans le premier état, l'intellect est purement une faculté vitale capable de connaître, ou, comme diraient les scolastiques, Tintellect est en puissance essentielle éloignée de connaître, ou en acte premier éloigné de connaître ; dans le second état, Tintellect est en puissance prochaine ou en acte premier prochain de connaître (in actu primo proximo). C'est la connaissance habituelle, ou quasi habituelle, en prenant le terme habituel dans un sens un peu large. Dans le premier état, l'intellect est en puissance pour Tespèce; dans le second, il est en puissance pour l'acte intellectuel.

Ainsi, la première partie du problème proposé consiste à déterminer avec la plus grande précision le sens qu'il faut donner à la doctrine de S. Thomas sur la potentialité initiale de l'intelligence humaine, par rapport aux espèces intelligibles, quand il dit: Intellectus humamis est in potentia respect u intelligibilium. Et afin de procéder avec plus de clarté, je subdiviserai en deux membres cette première partie du problème. Dans la première subdivision, je m'étudierai à définir la nature de la potentialité primitive de notre intelligence; dans la seconde, je traiterai de Vextension de cette même potentialité, examinant s'il faut l'entendre de la privation totale et absolue d'idées de n'importe quelle sorte; ou bien si, comme en juge le célèbre professeur Ubaghs, elle comporte un ordre déterminé d'idées ou d'espèces intelligibles.

Telle est, je crois, la vraie, la seule voie qui s'ouvre devant nous pour nous conduire au terme de nos recherches ; nous devons donc la poursuivre dans les deux ramifications que nous venons d'indiquer.

i5. Doctrine de S. Thomas sur la passivité de l'ix- TELLECT. — Je commencerai par mettre sous les yeux du

3 10 UBAGHS ET L IDEOLOGIE DE S. THOMAS.

lecteur un article de la Somme Théologique qui est fondamental pour la présente question [nature de la potentialité de rintellect humain), et d'où est tiré le premier texte sur la potentialité de notre intelligence. Cette citation est absolument néce;ssaire pour nous introduire au cœur de la doctrine de S. Thomas.

Dans cet article (I, Qu. LXXIX, Art. II), le saint Docteur demande si l'intellect humain est puissance passive : Utrum intellectiis sit potentia passiva ? et voici sa réponse :

Le verbe pâtir (pati) peut s'entendre dans trois sens. Rigoureusement parlant, il signifie la perte que fait un sujet d'une perfection qui convient à sa nature ou à son inclination naturelle. Ainsi, par exemple, les infirmités du corps et les tristesses de l'âme font vraiment pàtir l'homme. Dans un sens moins propre, il exprime le passage du sujet d'une modification à une autre, soit que le changement convienne ou qu'il soit contraire à sa nature et à son inclination ; dans ce sens, il pàtit celui qui est malade et aussi celui qui revient à la santé, celui qui est triste et celui qui est joyeux; en un mot, celui qui éprouve n'importe quelle modification ou altération. Enfin pati se dit encore, dans un sens très large et bien différent des deux autres, du sujet qui, sans rien perdre, acquiert quelque chose dont il était d'abord privé, mais pour l'acquisition de laquelle il était ordonné et en puissance. Ainsi entendu, pati signifie toujours le passage de la puissance à l'acte, et le sujet de ce passage est toujours passif, quand même il reçoit un perfectionnement.

Si nous restreignons le verbe pati à ce dernier sens, nous devrons dire que iiotre co7inaitre est une modification passive, et que notre intellect est une puissance passive. Cette vérité se démontre pleinement en partant de ce principe, que notre intellect a pour son objet propre ïctre pris universellement; et par suite, la manière d'être de notre intellect par rapport à l'être en général nous permettra de déterminer

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