‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 69 sur 100 · CHAPITRE III. — PREMIERE PARTIE DU PROBLEME 3ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — PREMIERE PARTIE DU PROBLEME 3ll

si ce même intellect est passif. Car, quand on parle des facultés de l'àme, on ne les distingue pas en passives et en actives, parce que les unes sont agissantes et non les autres ; puisque, étant facultés vitales, elles sont toutes actives par ce coté; mais leur activité, ou leur passivité se déduit de la manière dont elles se comportent avec l'objet spécificatif et terminatif de leurs actions (i).

Or, il est un intellect qui n'est pas informé et actiiê par l'être universel, mais qui, au contraire, est l'actuation de tout l'être; il ne dépend point de Tintelligibilité, mais il la donne à toutes choses. Cet intellect est Tintellcct divin: il est une même chose avec l'essence divine, en qui, comme en sa propre et première cause, tout l'être prcexisteoriginairementct virtuellement, avant d'être produit au dehors et multiplié dans] la multiplicité des êtres créés. Donc, si l'intellect divin n'est pas aciué^ si au contraire il actue tout l'être, il suit qu'il n'y a en lui aucune puissance passive, mais qu'il est acte très pur sans mélange de potentialité.

Aucun autre intellect, en outre de Tintellect divin, ne peut donner l'actualité à tout l'être, c'est-à-dire à l'être pris dans toute son universalité; parce qu'il faudrait qu'il fût infini, de même que l'être en général est extensivement infini, de même qu'infinis sont les possibles, en qui l'être, pris dans son universalité, peut être actualisé par l'existence. Ainsi, par cela seul que l'intellect créé est créé et qu'il ne peut pas être infini, il ne peut donner l'actualité à tout l'être; et conséquemmcnt, ne pouvant être acte par rapport à l'être universel, il faut qu'il soit puissance: il nactiie point les intelligibles, mais il en est

(i) Non enim disiinguitur poieniia activa a passiva ex hoc qitod liabct operat'w.iem ; quia cum ciijuslibet potcntiae animae iam activae quam passivae sit opcratio aliqua, quaelibct potentia ainmae csset activa. Cognoscitur aiitcm earum distinciio per comparationcm potcntiae ad objectiim. Si enim objectiim se liabeat ad potentiam ut patiens et transmutatiim, sic erit potentia activa: si autem e conversa se habet ut agens et movens, sic erit potentia passiva. Qq. Disp. De Veritate Qu. XVI. De Syndercsi. Art. î, ad. i:.

3 12 UBAGHS ET LTDÉOLOGIE DE S. THOMAS

actué, informé, constitué en acte premier prochain ^in aciu primo proximo) de son intellection.

Notons toutefois qu'une puissance peut se trouver dans deux conditions par rapport au principe qui Tactue, je veux dire que la puissance est, ou toujours et constamment informée par ce principe, ou qu'elle en est privée, de sorte qu'elle passe successivement de l'état de pure potentialité à l'actualité, c'est-à-dire à l'état de puissance informée. Nous avons ces deux espèces de puissances, classées par leur acte premier respectif; c'est l'intellect de l'ange et l'intellect de l'homme.

L'intellect de l'ange, à cause de son rapprochement du Premier Intellect qui est acte très pur, comme il a été dit, n'est pas dans l'état de potentialité absolue; mais Dieu l'a enrichi, dès le premier instant de sa création, de toutes les idées ou espèces intelligibles qui correspondent aux attributions de la nature angélique ; et ainsi, bien que l'intellect de l'ange soir, sous quelque rapport, en puissance quant à l'acte second, il est puissance constituée en acte premier prochain pour toutes les idées qui lui sont connaturelles. Il n'en est pas de même de l'intellect humain. Le dernier dans la série graduée des intelligences créées, au principe il n'est qu'une pure potentialité, c'est-à-dire qu'il est privé des espèces de ses intelligibles, et, comme dit Aristote, c'est une table rase où rien n'est écrit. Le fait montre assez qu'il en est ainsi; car, si nous sommes intelligents en naissant, nous ne le sommes d'abord qu'en puissance; l'intelligence se développe ensuite et arrive à l'actualité.

Il est donc manifeste que notre connaître est une passii'ité^ en prenant ce mot dans le troisième sens expliqué plus haut, et par suite, que la nature de notre intellect est d'être puissance passive. Telle est la doctrine de saint Thomas, traduite presque littéralement. En la rapportant je me suis aidé, quoique très sobrement, de quelques autres passages du même saint Docteur, que cet article suppose connus.

Maintenant venons-en aux commentaires.

Page 1