‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 70 sur 100 · NATURE DE LA POTENTIALITÉ PRIMITIVE DE L'INTELLECT HUMAIN · texte numérisé non relu

NATURE DE LA POTENTIALITÉ PRIMITIVE DE L'INTELLECT HUMAIN

Sommaire. — i6. Réponse d'UIbaghs à la première partie du problème. — i~. Le sentiment commun des Commentateurs est contraire à cette réponse. — i8. Remarque de Cajétan. — 19. Commentaire. — 10. Gradation des intelligences. — 21. Récapitulation et conclusion du chapitre.

16. Réponse d'Ubaghs a la premilire partie du problème. — A la première partie du problème, telle que je l'ai formulée plus haut, savoir: si notre intellect est puissance passive, c'est-à-dire puissance privée originairement de toute espèce intelligible, Ubaghs répond négativement, il estime que S. Thomas disant : I;i principio sumus intelligentes solummodo in potentia^ veut seulement exclure la connaissance proprement dite, cette connaissance qui est produite par les concepts, et non toute espèce de connaissance, et que moins encore veut-il nier la présence d^ toute idée dans notre intelligence.

« Le premier passage dit seulement que l'entendement est « d'abord vide en ce sens, qu'il n'a au commencement aucune « connaissance actuelle ou proprement dite des choses intelli-

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« gibles. In principio siimus intelligentes solummodo in « potentia : ce qui certes ne sera contesté par personne (i). » 17. Le sentiment commun des commentateurs est contraire A cette réponse. — La première observation à faire sur cette interprétation du savant Professeur, c'est qu'elle est ouvertement contraire à celle que donnent les interprètes thomistes, hommes d'une science profonde, d'une scrupuleuse exactitude, qui ont consumé leur vie dans Tétude et l'exposition des œuvres de S. Thomas et dans la recherche de leur vrai sens, confrontant les textes, réfutant les objections des adversaires, prévenant eux-mêmes des doutes et des difficultés qui ne seraient peut-être jamais venus à l'esprit des lecteurs, et en donnant la solution.

Et qu'on ne dise pas que les anciens commentateurs considéraient les idées innées sous un point de vue différent de celui qui fait l'objet des discussions actuelles, ou que du moins la question n'avait pas pour eux l'importance qu'elle a prise de nos jours, car le grand problème de l'origine des idées est substantiellement contenu dans celui de la genèse des idées universelles. Or, celui qui pense que ces idées ne peuvent pas se former primitivement par abstraction nie, avec les sensistes anciens et modernes, la réalité des universaux, ou bien il doit admettre l'innéité des formes et des idées dans l'intellect.

La question des idées innées a subi des modifications, j'en conviens, mais au fond et quant à la substance elle est la même ; les arguments des modernes en faveur de ces idées ressemblent à ceux des anciens, ils s'appuient sur le même principe signalé déjà : la formation des universaux intelligibles, objets propres de notre science. Celui qui voudra se convaincre de la vérité de mes assertions peut consulter n'importe quel auteur scolastique, et plus spécialement la première partie de la Somme Théologique^ Qu. LXXXIV et

(i) Aniclc ciiii. De quelques principes, etc.

CHAP. IV. POTENTIAUTP: PRIMIT. de L INTFLL. humain DID

LXXXV. Il peut comparer ces anciennes et profondes dissertations avec les plus renommés des systèmes modernes sur ridéologie ; cette confrontation lui montrera jusqu'à l'évidence que l'importance de la question n'a échappé ni à S. Thomas ni à ses commentateurs, et que depuis Dcmocrite, Platon et Aristote (les trois pères et représentants des trois divers S3'stème3 idéologiques), jusqu'à nos jours, elle a toujours occupé la première place dans l'étude de la Philosophie. Il sera facile de prouver ensuite par l'apport de quelques passages et développements de ces auteurs, que l'interprétation de l'érudit Ubaghs est en opposition avec les commentateurs du Docteur angélique.

Pour le moment, laissant de côté les œuvres du Cardinal Cajétan, où je puiserai largement bientôt, je veux citer d'abord le P. Silvestre de Ferrare, l'incomparable commentateur de la Somme contre les Gentils^ digne d'être égalé à Cajétan pour sa science thomiste, et qui mérita comme lui d'être élevé à la suprême dignité et direction de l'ordre de S. Dominique.

Dans le second livre de la Soinme^ Chap. LX, Art. V, expliquant cette parole d'Aristote admise par S. Thomas : Inîelligere est quoddam pati, d'où se déduit cette autre: Posse intellîgere est posse patî\ Silvestre observe que pour être passive, comme l'enseigne S. Thomas, la puissance de l'entendement doit être privée d'idées, parce que si elle en est informée, elle ne doit plus être dite passive, mais bien active en acte premier. « Sur cette proposition : pouvoir entendre c'est être puissance passive, observons que cela s'entend de la puissance d'intellection première et essentielle, en ce sens que l'intellect non actué par une forme intelligible en acte est dit pouvoir entendre, seulement en tant qu'il est puissance intellective\ mais cela ne s'entend pas de l'acte accidentel d'intellection qui est dans la puissance de celui qui a l'habitude (0. ))

[i) Circa illam proposilionem ; posse intellis;ere est posse pati, advertenditm

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Bannès s'accorde avec Silvestre, quand, se mettant à examiner la passivité de l'intellect humain par rapport à son objet, aux espèces intelligibles et à Tintellection, il soutient avec raison que l'intellect est actif par rapport à l'intellect ion qui découle vitalement de l'intellect ; mais qu'il est passif par rapport à Vobjet^ parce que, à l'origine, il ne le forme pas, mais qu'il le reçoit de l'intellect agents et qu'il est aussi purement passif quant aux idées^ puisque au principe, ni il ne les • forme de lui-même, ni elles ne sont innées en lui (i). Je pourrais très facilement multiplier les citations de cette nature, mais pour ne pas devenir trop long et peut-être fastidieux, aux deux auteurs cités je n'en veux joindre qu'un troisième, Cajétan; mais il nous retiendra un peu plus longtemps,

Cajétan observe savamment que la question de S.Thomas: ninim intellectus sit potcntia passira ? peut s'entendre de trois manières ou sens divers. On peut rechercher en premier lieu si l'intellect humain est puissance passive réceptive^ sans examiner comment il reçoit, ni ce qui est reçu en lui; secondement,

quod ilhid intelligltur de posse intelligere primo et essc;itiali, secundum quod non liabens formam intelligibilem actu dicitur posse intelligere propter potenîiam tantum intellectivam : non autern de posse intelligere accidentali, secitndum quod existens in habitii dicit in posse operari.

(i) Si intellectus noster possibilis comparetiir ad objectum intelligibi.'c, ille est potentia passiva simpliciter loquendo. Haec conclnsio est exprcssa mens Aristoîelis et Divi Thomae... et probatur brevissime nnica raiione. Intellectus possibilis nihil agit in ipsiim objectum, et objectum producil spcciem in intellectu. Ergo intellectus passive tantum se habet 7-espectu intelligibilis... Intellectus noster possibilis, si comparetur ad speciem intelligibilem, qv.am recipit, est etiam potentia passiva simpliciter..., qiioniam, ut praccedenîi conclusione diximus, intellectus noster non habet species naturaliîer sibi congenitas, sicut habet intellectus angelicus. Bannes, Comment, in Art. cit. S. Thomae

Il est presque superflu d'avertir que la passivité de l'intellect dont il s'agit ici regarde seulement les idées ou les espèces qu'on acquiert par l'opération de l'intellect agent, puisque, si l'on parle des idées formées par la synthèse ou par l'analyse de celles obtenues déjà et sur lesquelles l'intellect opère, il est clair que, sous ce rapport, l'intellect est actif (Cf. Bannes, ibid.). Et c'est précisément pour éviter toute confusion que, parlant de la potentialité de notre intellect, je la nomme potentialité ou passivité originaire, et quand je ne la désigne pas ainsi, c'est que le contexte permet facilement de sousentendre ce sens.

CHAP. IV. — POTENTIALITÉ PRI.MIT. DE l'iNTELL. HUMAIN Siy

s'il est faculté passive, en ce sens qu'à l'origine il serait dans un état de potentialité essentielle, comportant privation de l'acte premier et propre de la faculté intellective, état qui est la privation des espèces intelligibles ; enfin, on peut encore se demander troisièmement si l'intellect est puissance passive par rapport à l'intellection qui est l'acte second. Dans le présent article, poursuit le docte commentateur, S. Thomas ne traite pas de la passivité de l'intellect prise dans le troisième sens, il ne s'occupe pas davantage de la passivité au premier sens; son but est de définir la passivité intellective entendue dans le second sens, c'est-à-dire la potentialité essentielle, la potentialité avec privation des espèces: Utrum intellectus sit potentia passiva potentia essentiali, qiiae dicit privatioiiem actiis primi et propiï illius (i).

i8. Remarque de Cajétan. — L'autorité de Cajétan en de telles matières est prépondérante, et je pourrais sans offense l'opposer seul aux interprétations du savant Ubaghs. Toutefois dans le cas présent, je ne veux pas m'en tenir au seul argument d'autorité, mais je désire convaincre par le raisonnement. Les arguments nous seront fournis par le savant Cardinal luimên"ie(2;.

Considérant l'ordre logique des questions traitées par saint Thomas dans la Somme^ Cajétan remarque que la suite même des matières exigeait qu'après avoir établi dans l'article précédent l'existence de la faculté intellective, en tant que distincte de l'essence de l'àme, le saint Docteur entreprît immédiatement de rechercher la nature de cette faculté et d'établir si elle est active ou passive; passivité ou activité qui se déduit nécessairement de la relation qui existe entre la faculté et l'action pour laquelle elle est ordonnée par sa nature. Mais comme l'action individuelle, en tant qu'elle

(i) Comment, in Art. cit. Summae TIteoL (2) Ibid.

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découle de la faculté intellectuelle, suppose que la faculté est déjà constituée en acte premier, c'est-à-dire informée et déterminée par les idées ou espèces intelligibles, il est nécessaire que, voulant définir si l'intellect est passif ou actif, on établisse d'abord son activité ou passivité par rapport aux espèces. Conséquemment, lorsque le saint Docteur achève sa démonstration en affirmant qu au principe nous sommes intelligents en puissance seulement, in principio sumus intelligentes solum in potentia, et que par suite, intellectiis noster est potentia passiva, il ne peut entendre autre chose que la privation des idées dans l'intellect humain à l'origine, et non la seule exclusion de la connaissance actuelle ou proprement dite, selon l'interprétation d'Ubaghs.

19. Commentaire. — On peut s'assurer de la parfaite conformité de ce commentaire très Judicieux de Cajétan avec la pensée de S. Thomas, en remontant au principe par lequel le Saint a commencé sa démonstration, et que voici : Considerari ergo potest, utnim intellectiis sit in actu rel potentia ex hoc quod consideratnr quomodo intellectiis se habeat ad e?is îiniversale. Voilà donc la raison de la passivité de l'intellect parfaitement précisée en quelques mots : sa coordination avec l'intelligible. Si enim^ observe encore Cajétan, intellectiis est in potentia essentiali i^espectu intelligibilis^ potentia est; si non, fion : qiiamvis sit foj^te passiviim respectu aliciijiis. Donc, ou bien l'article de S. Thomas est inintelligible, ou bien il conclut à l'absence des intelligibles ou des espèces dans notre intellect.

En effet, pourquoi S. Thomas nie-t-il que l'intellect de l'Ange soit passif? Ce n'est point parce que cet intellect serait acte de Têtre, mais parce que, en fait (je m'exprime ainsi pour le moment), il est toujours actuê par ses intelligibles, est semper in actu suoriim intelligibiliiim : je dis en acte non second, in actu non secundo, ce qui serait la connaissance actuelle; car, comme le prouve le saint

CHAP. IV. POTENTIALTTK PRIMIT. DE L IXTELL. HUMAIX DIQ

Docteur (i), il répugne que l'Ange embrasse d'un seul regard toutes les connaissances qui conviennent à sa nature ; mais en acte pretîîie?^ qui est l'état de l'intellect informé par les espèces intelligibles : est semper in actii (primo) respectu siionim intelUgibilium. Quant à l'intellect humain, le saint Docteur formule une proposition ouvertement contradictoire de la précédente, il dit : Intellectus humaniis est in poteniia (c'est-à-dire non est in actit) respectu inielligibilium. Donc, si l'article a un sens — ce qui n'est pas douteux, — S. Thomas enseigne l'existence des espèces innées dans l'intellect de l'Ange, et les exclut de l'intellect humain.

20. Gradation dES intelligexces. — Ce que nous avons dit jusqu'ici me suffit, si je ne me trompe, pour atteindre mon but; néanmoins Je veux encore appeler l'attention du lecteur sur la triple gradation des intelligences , gradation dont S. Thomas s'aide si merveilleusement pour sa doctrine idéologique et qu'il reproduit brièvement dans l'article cité. Cette doctrine répandra plus de lumière sur les questions traitées, et notre esprit s'y délassera un moment des recherches épineuses d'une herméneutique rigide et difficile.

Le lecteur n'a certainement pas oublié que S. Thomas exclut n'importe quelle potentialité de l'intellect divin, par la raison que cet intellect est l'actualité, ou la cause de l'actualité et, par suite, de l'intelligibilité de l'être en général : Invenitur aliqiiis intellectus, qui ad ens universale se habet sicut actiis totius entis, et talis est intellectus dipinus. Le pourquoi suit immédiatement, portons-y notre attention : Quia est Dei essentia, in qua originaliter, et jnrtualiter totum ens praeexistit sicut in prima causa. Ainsi, pour S. Thomas, ce n'est pas l'intellect en tant qu'intellect qui est incompatible avec la potentialité, ou la passivité, ou la privation des espèces ; mais l'incompatibilité vient de la nature spéciale de l'intellect

{\)Summfl Theol. P. I. Qu. LVIII. Art. I,

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divin, c'est parce que cet intellect est /c/, qu'il est réellement identique à son principe, à son espèce informante, dirai-je, c'està-dire à l'essence divine.

Donc, parce qu'il n'est pas possible que l'intellect divin ne soit point informé par la divine essence, avec laquelle il s'identifie, il est évident qu'on ne peut, sans une répugnance manifeste, dire que cet intellect est en puissance essentielle, qu'il est puissance privée de l'acte premier. Et si nous ajoutons qu'en Dieu, à cause de son extrême et absolue simplicité, l'action intellectuelle s'identifie réellement avec l'intellect et, par conséquent, qu'elle est une même chose avec la divine essence, nous aurons démontré que l'intellect divin exclut toute espèce de potentialité, tant par rapport à l'acte premier, que par rapport à l'acte second, et qu'il est, selon l'expression du Docteur angélique, acte ti'cs pur. Et ideo intellectus dii'hiiis ?io?i est in potentia, sed est actiis punis.

Rien de tout cela ne peut se trouver dans l'intelligence créée. Elle ne s'identifie point avec la substance intelligente dont elle émane et en qui elle réside, et cette substance ne peut être le type original, primordial, éternel, dans la vertu duquel préexiste, comme dans sa cause propre, l'actualité et l'intelligibilité de Vèty^e. Non, l'être ne précède point son type, comme il est clair, mais il le présuppose ; et parce que l'être peut embrasser extensivement la série infinie des possibles, il suppose l'existence réelle d'un type infini, capable de le produire et de le représenter adéquatement. Donc l'intellect créé, par cela même qu"il est créé, est subjectivement fini; et loin de pouvoir donner l'actualité k l'être^ il le présuppose dans l'ordre réel en y participant, et dans l'ordre logique, comme terme de ses connaissances. Nullus autem intellectus creatus potest se habere ut actus i^espectus totius entis universalis, quia sic oportcî^et quod esset eus injinitum.

C'est pourquoi l'intellect créé, considéré dans sa nature primordiale et intrinsèque, s'offre à nous comme la simple et nue

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faculté vitale de l'àme humaine, ou de la substance angéliquc, faculté privée d'espèces ou de connaissances en acte premier. Unde omnis intellectiis cr^eaîus, per hoc ipsiim quod est, non est actits omnium intelligibilium^ sed cojnparatur ad ipsa intelligibilia, sicut potentia ad actum.

Tout cela est vrai si l'on considère la nature intrinsèque de la faculté intellectuelle créée, qui est, comme nous l'avons montré, faculté passive^ au moins par une priorité de nature, c'est-à-dire privée des espèces de ses intelligibles. Toutefois, passant du concept métaphysique de la nature intelligente créée aux raisons et aux convenances de fait, si je puis m'exprimer ainsi, et tenant compte des gradations des substances intelligentes, telles que les anges et les âmes humaines, nous devons concéder les idées innées à l'ange et les refuser à l'homme. Les anges, images plus parfaites de la Divinité, en sont plus rapprochés et reproduisent plus parfaitement, à cause de cette proximité, l'actualité très pure de l'Intelligence incréée : je veux dire que, comme l'intellect de Dieu est très parfait dans l'ordre infini des intelligibles, ainsi l'intellect angélique a été perfectionné par Dieu, au moment de sa création, dans l'ordre fini des intelligibles connaturels à la nature angélique : Intellectus igitiir angeliciis semper est in actu snoriim ifitelligibiliiim propter propinquitatem ad primum intellectiim ; perfection qui, ainsi que je l'ai fait observer plus haut, n'est pas la connaissance actuelle, ou en acte second, comme en Dieu, mais seulement la connaissance en acte premier.

On ne doit pas dire la même chose de l'intellect humain. Le dernier dans la série des natures intelligentes, il est tr-ès éloigné de la perfection de l'intellect divin. Au moment de sa création il a bien une puissante inclination et une aptitude innée à l'acte de connaître, de même que toutes les choses ont leur instinct propre les portant vers ce qui leur convient naturellement; mais au principe il n'a rien de plus: c'est une pure faculté ayant besoin d'acquérir les espèces des intelligibles connaturels à ses

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connaissances: Est in potentia (intellectus \\um3.nu^) respectu i7iteîligibilium (i) .

21. Récapitulation et conclusion du chapitre. — Donc, si Ton considère soit la nature de la question posée par le Docteur angélique, soit le principe sur lequel il fonde sa démonstration, soit la distinction entre l'intellec: de l'ange et celui de l'homme, soit finalement la triple gradation des intelligences, S. Thomas, dans le texte: hi pjHncipio sumus intelligentes soliim in potentia^ \ QUI absolument, par le terme in potentia^ exclure la connaissance en acte premier, c'est-à-dire les espèces intelligibles.

Cette conclusion est justement le but que je voulais atteindre dans ce chapitre, où je me suis proposé de bien préciser la nature de la potentialité primordiale de l'intellect humain, si fréquemment affirmée par S. Thom.as. J'aurais pu sans peine iortifier l'argumentation par d'autres passages du même saint Docteur, mais pour éviter les longueurs et pour ne pas embarrasser par d'autres citations le commentaire de notre article, je suis allé au plus court, aimant mieux concentrer toute l'attention sur un seul point. D'ailleurs, l'occasion ne nous manquera point par la suite de rapporter ces enseignements que l'amour de la brièveté me fait négliger pour le moment.

il) Cet argument a priori n"est pas le seul que S. Thomas apporte pour prouver l'absence des idées innées en nous; il donne encore d'autres raisons a posteriori, mais nous ne les transcrivons point ici pour ne pas sortir de l'article dont nous avons entrepris le commentaire.

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