‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 74 sur 100 · CHAPITRE- VI. — ARGUMENTS DU PROFESSEUR UBAGHS JOQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE- VI. — ARGUMENTS DU PROFESSEUR UBAGHS JOQ

que ces premiers principes ne sont pas la connaissance, mais seulement le principe formel de la connaissance, et qu'en outre ils ne sont pas le terme objectif de la connaissance directe. Jusqu'ici il n'y a rien à reprendre. Mais nous ne pouvons pas accepter la distinction entre les premiers principes et les espèces, dans le sens d'Ubaghs. Qu'on en juge. Les premiers principes invoqués par l'illustre Professeur ne sont pas autre chose que les axiomes transcendantaux, desquels se déduisent par voie de raisonnement les conclusions scientifiques, et qui, pris dans leurs éléments, sont les concepts objectifs de lim^ du vrai^ de l'être^ etc. , dans lesquels se résolvent analytiquement les concepts spécifiques. « Il y a en nous naturellement certains principes premiers complexes, connus de tous, qui sont le point de départ de la raison pour arriver à la connaissance actuelle des conclusions virtuellement contenues dans ces premiers principes; conclusions auxquelles la raison parvient soit par l'enseignement humain, soit par la révélation divine... Et pareillement, notre intellect possède aussi naturellement certains concepts connus de tous, tels que l'être^ l'iin^ le bon et autres semblables, desquels l'intellect procède pour connaître la quiddité de chaque chose, de la même manière qu'il procède en partant des principes connus par eux-mêmes pour connaître les conclusions, mouvement intellectuel que déterminent soit les perceptions des sens,... soit la parole d'autrui,... soit les données de la révélation (i). »

(i) Insunt nobis naturaliter quaedam principia prima complexa omnibus nota, ex qiiibus ratio procedit ad cognoscendum in actii conclusiones, qiiae in praedictis principiis potentialiter continentur, sive per inventionem propriam, sive per doctrinam alienam, sive per revelationem divinam... Et similiter in intellectu insunt nobis etiam naturaliter quaedam conceptiones omnibus Jiotae, ut entis, uiiius, boni et hujusmodi, a quibus eodem modo procedit intellcctus ad cognoscendum quiddiiaiem uniuscujusque rei, per quem procedit a principiis per se notis ad cognoscendas conclusiones ; et hoc vel per ea, quae qids sensu percepit... vel per ea, quae ab aliis quis accipit... aut etiam per ea, quae ex reveiatione habentur. Quodlib. VIII. Art. IV.

Je rapporte ce texte de préférence à beaucoup d'autres semblables, parce que Ubaglis eu a fait le sujet spécial de son commentaire.

LBAGHS ET L IDEOLOGIE DE S. THOMAS

Ce sont là les premiers principes d'où part le mouvement intellectuel de notre , âme, voilà les semences que notre intelligence cherche à féconder, afin que l'arbre de la science germe croisse et se dilate. La raison de la nécessité de ces premiers principes est dans la nature même de notre intelligence qui, dans son état actuel d'union avec un corps, n'arrive à la certitude des conclusions qu'au moyen du raisonnement, qui est le discourir^ le se mouvoir^ c'est-à-dire le passage de l'àme des principes aux conclusions. Mais tout mouvement suppose un point immobile d'où le mouvement puisse partir : Ao/z posset mens hiimana ex iino in aliiid dîsciirrere^ nisi ejus disciirsus ah aliqua simplici acceptioiie veritaiis inciperet : qiiae quideni acceptio est intellectus ptHncipioriim (i).

Plusieurs fois déjà dans cet écrit j'ai fait allusion à cette doctrine idéologique de S. Thomas, qui veut que la connaissance des vérités principales, comme toute autre de nos connaissances actuelles (excepté quand l'espèce elle-même devient l'objet de la réflexion), se produise par l'intermédiaire des idées des objets intelligibles respectifs; il est maintenant nécessaire que je donne rapidement quelques explications plus développées sur cette doctrine.

33. Les idées représentatives. — Pour la vision intellectuelle, comme pour la vision sensible, deux choses sont exigées : la faculté visuelle et l'union de cette faculté avec l'objet vu; ad jnsionem tam sensibilem qiiam intellectualem duo reqîiiriintia\ scilicei virtus visi'pa et iinio rei insae ciim visu (2; ; et comme l'intellection est de sa nature une action immanente dans l'intellect même qui Topère, il est nécessaire pour cette raison que la susdite union s'accomplisse, non par la réception de l'intellect dans l'intelligible, mais plutôt par la réception de l'intelligible dans Tintellect :

{1) Qq. Disp. De Veritate. Qu. XV. De Ratione superioii et inferiuri. Art. I. i 2) Siimma. Theol. I. Qu. Xll. Art. IL

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