CHAPITRE VI. — ARGUMENTS DU PROFESSEUR UBAGHS
mêmes et d'après les principes enseignés en philosophie sur la nature des relations réelles. Il répugne donc que nos connaissances directes se terminent aux espèces intelligibles comme à leur objet propre, bien qu'elles puissent être l'objet de la connaissance réflexe : species intellecta seciindario est ici qiiod intelligitiir (i).
34. Exclusion de tout objectif inné. — Appliquons maintenant à notre sujet ces principes, qui sont très certainement ceux de S. Thomas. Toute notre connaissance directe ayant lieu par l'intermédiaire des idées, simile simili cognoscitiir^ il suit que même la connaissance des premiers principes présuppose dans l'esprit les espèces intelligibles qui correspondent aux objets îransccndentaux, par exemple, de l'être, d\i 7'rai^Q.ic.^ qui sont précisément le terme objectif des concepts quidditatifs transcendentaux et les éléments de la synthèse primitive, également transcendentale, qui nous donne les premiers axiomes. C'est pourquoi, si la connaissance susdite est innée, innées pareillement doivent être les idées respectives, et elles ne doivent pas suivre mais précéder l'action abstractive.
Mais c'est là, c'est juste à ce point que nous trouvons manifeste le désaccord entre Ubaghs et S. Thomas. Le premier admet cette dernière conséquence; S.Thomas la nie expressément, disant que ces idées sont acquises, postérieures à l'abstraction et le résultat de son action : statim lumine intellectus agentis cognoscuntur pei^ species a sensibilibus abstractas (2). Comment peut-on donc affirmer que S. Thomas admet l'innéité dans l'àme humaine, non-seulement de quelque chose de subjectif, mais aussi de quelque chose d'objectif, je veux dire : la faculté de connaître les principes, et les principes eux-mêmes? Ce qu'il 3' a de sûr c'est que l'angélique Maître exclut de notre faculté intellectuelle l'innéité de tout objectifs
il) Summa Thcol. 1. Qu. LXXXV, Art. II.
(2) Qq. Disp. De Vcritate. Qu. XI, de Magistio, Art. I.
UBAGHS ET L IDEOLOGIE DE SAI\T THOMAS
et que pour lui cette faculté à son origine est sans idée, comme la matière première par elle-même est sans forme : intellectus autem noster possibilis se habet in ordine intelligibiliwn^ sicui materia prima in ordine reriun naturaliiim eo qiiod est in potentia ad intelligibilia siciit materia prima ad naturalia (i).
Mais encore, comment S. Thomas, excluant toute idée innée, a-t-il pu dire sans se contredire lui-même que la connaissance des premiers principes est innée dans notre âme : prima principia^ quorum cognitio est nabis innata ? Cette demande est exactement le sujet de la seconde partie de notre problème (2).
(i) Summa Theol. I. Qu, XIV, Art. II, ad, 3. (2) Voir le chap. II.
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