CHAP. VII. — SECONDE PARTIE DU PROBLEME. DOUTE
S. Thomas émet d'abord quelques profondes observations, puis répondant avec Aristote aux deux difficultés proposées et que le lecteur connaît sur la manière dont notre intellect parvient à connaître les premiers principes, il dit: « D'où il (Aristote) conclut que ni les habitudes des principes en tant que déterminées et cojnplètes ne préexistent en nous, ni elles ne naissent produites par d'autres habitudes préexistantes et plus connues, comme il arrive pour l'habitude de la science qui se forme en nous par la connaissance déjà acquise des principes. Mais les habitudes des principes sont en nous par les sens qui existent avant elles (i). )) Et cela, comme je l'ai expliqué ailleurs (2), en ce que les sens donnent les impressions sensibles dont Tintellect agent abstrait les espèces représentatives des intelligibles, objets de la connaissance des premiers principes, comme dit S. Thomas en ce même lieu.
Je rapporterai en troisième et dernier lieu la doctrine du premier article de la Question LP de la I-II; le lecteur la connaît en partie, elle est péremptoire pour le cas présent. L'article demande: Utriim aliqids habitus sit a natiiral et l'argument sed contra est pris de l'autorité du Philosophe qui, dans le VP livre de VEthiqiie^ met au nombre des habitudes Yintellectiis principiorum^ intellect qui procède de la nature. D'oià les premiers principes sont naturellement connus. Qu'on entende maintenant la réponse du corps de l'article :
« Je réponds qu'une chose peut être naturelle à quelqu'un de deux manières. L'une est selon la nature de l'espèce ; sous ce rapport il est naturel à l'homme de rire, et à la flamme de s'élever en haut : l'autre est selon la' nature de l'individu; sous ce rapport il est naturel à Socrate ou à Platon d'être robustes
(i) Unde concluait qiiod neqiie praexistiint in nobis habitus principiorum quasi determinati et completi, neque etiam fiunt de novo ab aliqitibxis notioribits liabitibus praeexistentibiis, sicut generatiir in nobis habitus scientiae ex praecognitione pj-incipioriim, sed habitus principiorum sunt in nobis a sensu praeexistentc.
(2) Chap. VI.
ODO UBAGHS ET L IDKOLOGIE DE SATXT THOMAS
OU valétudinaires, suivant leur tempérament. On peut encore subdiviser ces deux manières d'être naturel selon l'espèce et selon l'individualité. En l'une et en l'autre ce qui est naturel peut être tout de la nature^ ou bien seulement en partie de la nature et en partie d'un principe extérieur. Ainsi, la guérison se faisant d'elle-même, la santé sera en totalité de la nature; mais si la guérison était obtenue avec le secours de la médecine, la santé aurait pour principe la nature pour une part, et un agent extérieur pour une autre part. Si donc nous parlons de l'habitude en tant qu'elle est une disposition du sujet pour les opérations dans l'ordre de la forme, ou de la nature, nous appellerons naturelle l'habitude qui a pour principe n'importe laquelle de ces manières d'être naturel. Il y a en effet une certaine disposition naturelle qui vient de l'espèce humaine, en dehors de laquelle l'homme n'existe pas, et cette disposition est naturelle selon la nature de l'espèce. Mais parce qu'une telle disposition a quelque latitude, il arrive que divers de ses degrés conviennent à divers hommes ; mais alors selon la nature individuelle. Et cette disposition particulière peut être ou bien totalement de la nature, ou bien en partie de la nature et en partie d'un principe extérieur, comme il a été dit de ceux que l'art médical guérit. Or l'habitude, qui est une disposition à l'opération et dont la puissance de l'àme est le sujet, peut, comme il a été dit (I, Qu. L. Art. XI;, être naturelle et selon la nature de l'espèce et selon nature de l'individu. Selon la nature de l'espèce, en tant qu'elle vient de l'âme qui, étant forme du corps, est le principe spécifiant; et selon la nature dt l'individu, en tant qu'elle vient du corps, principe matériel et individualisant. Toutefois, ni l'habitude qui vient de l'espèce, ni celle qui vient de l'individu, ne sont dans l'homme des habitudes nat moelles procédant totalement de la 7iature. Il en est autrement pour les anges, en qui les espèces intelligibles sont naturellement innées ; mais cela n'a pas été donné à la nature humaine, comme il a été dit (I, Qu. L. Art. II). Dans