PREFACE IX
rentes en matière de religion, émurent vivement quelques hommes éminents de la France, et ces hommes jurèrent de venger d'une manière éclatante les hontes et les humiliations infligées à la science par le rationalisme, et d'abaisser l'orgueilleuse confiance de Thomme, en le ramenant à son néant de manière à Teiïrayer de lui-même. De Bonaîd fut le premier à revendiquer les droits, à relever le prix de l'autorité et du magistère social , de qui Thomme reçoit la parole nécessaire, selon lui, à la vie de la pensée, et sans laquelle l'homme ne serait plus homme. En même temps, le terrible Lamennais, contemporain de Bonald, posait sa main frémissante sur l'édifice de nos connaissances, il en scrutait curieusement la base, et il lui semblait n'y voir que des abîmes, avec le doute ténébreux surgissant des fondements du monument écroulé. Epouvanté de la nullité de cette raison à qui le rationalisme conférait l'absolu domaine de la vérité, il conçut le dessein de lui faire toucher du doigt sa prodigieuse indigence, d'ôter toute confiance à la certitude de ses croyances, même les plus invincibles, et de la jeter, mourante d'angoisse, dans l'alternative ou de vivre de la foi ou d'expirer dans le vide.
Mais, de même que la vérité ne peut s'opposer à la vérité, ainsi une erreur ne peut triompher d'une autre erreur ; et pour contraires que peuvent paraître deux opinions erronées, elles finissent toujours par se rencontrer après un long détour, et par se réunir dans un même principe, ignoré peut-être de toutes les deux. Ainsi, laissant d'autres exemples, en advint-il à Lamennais : malgré tout son désir d'opposer une digue au scepticisme, il ne sut ici que lui ouvrir une plus large entrée. Son Esquisse d'une phi-