SOLUTION GÉNÉRALE DE LA SECONDE PARTIE DU PROBLÈME
Sommaire. — 38. Thèse. — Sq. Pour S. Thomas, le naturaliter nottim veut seulement dire opposition à Vabsqiie investigatiorie rationis. — 40. Objection et réponse. — 41. Conclusion du chapitre. — 42. Trois difficultés.
38. Thèse. — Lorsque S. Thomas dit que les premiers principes sont innés dans notre âme, il entend quelque chose d'entièrement subjectifs ou encore pour m'exprimer plus clairement, il entend que le mode d'adhésion de notre intellect est autre pour les principe que pour les conclusions des mêmes principes. Telle est la thèse que Je me propose de démontrer et qui est la solution générale de la seconde partie de notre problème. A vrai dire, la thèse ainsi formulée émerge comme leur corollaire des sujets précédemment traités; car, dès que S.Thomas exclut de notre âme tout objectif inné, comme il me semble l'avoir démontré, il devient clair que par les principia iiaturaliter indita, il ne peut entendre autre chose que la partie subjective. Toutefois, le lecteur ne se contenterait peut-être pas d'un simple corollaire, et peut-être désire-t-il savoir de plus la
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raison des expressions de saint Thomas. Je m'étudierai à satisfaire ce légitime désir.
38. Naturaliter notiim est dit par S. Thomas seulement EN opposition A h'absque ifwcstigatione rationis. — Oportet igitur Jiatiiraliter nobis esse indita sicul principia specidabilium ita et pj^ificipia operabilium. Ce texte se trouve dans la Somme théologique, I. P. Qu. LXXIX. Art. XII., où S. Thomas cherche si la Syndérèse est une faculté spéciale de l'âme, distincte de l'intellect. Afin de nier cette distinction, le saint Docteur établit d'abord la doctrine que voici : le raisonnement de l'homme, parce qu'il est une espèce de mouvement, part de l'intelligence de quelques principes naturellement connus, sans précédentes recherches ; ou bien, s'il prend un autre point de départ, le raisonnement remonte des vérités trouvées par l'analyse jusqu'aux principes mêmes, et s'y termine. Et parce que l'âme raisonne sur les vérités soit spéculatives soit pratiques, il faut dire que les principes de l'ordre spéculatif et de l'ordre pratique sont naturellement innés en nous. Mais comment innés, indita? En tant que nous les connaissons naturellement, naturaliter nota ; et nous les connaissons naturellement parce que nous en possédons la connaissance sans le secours du raisonnement, absque ifivestigatione rationis.
Le contexte et la comparaison des expressions ne permettent pas de douter que ce naturaliter ?iota soit dit seulement par par opposition à V absque investigatione ratio7iis; ici le saint Docteur veut donc signifier exclusivement la manière différente dont l'intellect connaît les principes et les déductions. On se convaincra facilement de la vérité de cette interprétation, si l'on veut confronter cette doctrine de la Somme théologique avec un autre passage identique, mais bien plus expressif de la Qu. XVI. De Veritate^ parmi les Disput. Art. I., où la même thèse est posée. Là, comparant l'intellect humain avec l'intellect angélique, S. Thomas observe que tandis que l'ange n'a pas besoin du raisonnement pour passer