CHAP. VIII. — SECONDE PARTIE DU PROBL. SOLUT. GEN. DDD
du connu à l'inconnu, c'est-à-dire de la connaissance des principes à la connaissance des conclusions, puisque par le moyen de la simple perception des principes il voit les conséquences qu'ils renferment; l'intellect humain, au contraire, avance par degrés : un rapide travail le porte successivement d'une vérité connue à une autre auparavant ignorée, et par ce moyen, qui est le raisonnement, il élargit les limites de ses connaissances. Ainsi, raisonner c'est se mouvoir en partant des principes dont la lumière doit servir à éclairer la vérité des conclusions ; par conséquent les principes ne sont pas le fruit du raisonnement, comme le sont les vérités médiates, autrement on irait à l'infini, l'esprit humain n'a3'ant pas de point fixe pour asseoir son raisonnement ; ou plutôt il lui deviendrait impossible de raisonner.
Donc, les premiers principes sont appréhendés d'une manière différente que les conclusions : ils sont connus simplici acceptione veriiatis; ils sont connus par le seul contact immédiat (que le lecteur me passe cette expression assez juste) entre l'intellect et la vérité; ils sont connus naturellement^ en tant que cet adverbe, comme le remarque sagement Silvestre de Ferrare, signifie une opposition à la connaissance acquise par l'étude : distinguituv contra cognitiojiem per studium acquisitam (i).
Je transcris le texte même de l'article de S. Thomas, afin que le lecteur puisse juger si j'en ai exprimé le vrai sens :
Inferior natura attingit in sut supremo ad aliqiiid qiiod est propri'um superioris naturae^ imperfecte illud participans. Natura auteni animae humanae est infra angelicam^ si considereuius natiiralem modiim cognoscendi utriusque : naturalis enim modits cogfioscendi et proprius natîirae angelicae est^ ut veritatem cognoscat sine inquisitione et discursii ; humanae vero proprium cst^ ut ad veritatem cognoscendam pcrpcniat
(i) Cvmmcntar. in Summ. Contra Gcntiles. Lib. III, Chaf. XLVI, N. 3.
2Db UBAGHS ET L IDÉOLOGIE DE SAINT THOMAS
inquirendo et ab wio in aliuddiscurreiido. Unde anima humana, quaniiwî ad id quod in ipsa supremiim est^ aliquid attingit de eo quod proprium est natiirae angelicae^ ut scilicet aliqiiorum cognitionem subito et sine inquisitione habeat : qiiainvis quantum ad hoc inveniatur angelo inferior, quod in his veritatem cognoscere non potest nisi a sensu accipiendo.
40. Objection et réponse. — On médira: si S. Thomas avait toujours parlé ainsi, ni Ubaghs ni d'autres n''auraient trouvé un point d'appui pour fonder leur système des idées innées sur l'autorité du saint Docteur, mais il ne s'exprime pas toujours de même. A cette difficulté, qu'on m'a réellement opposée et dans ces termes, je réponds d'abord que, quand même S. Thomas n'aurait pas toujours parlé aussi explicitement qu'il l'a fait dans ce passage, on ne pourrait pas pour cela douter avec raison de" sa pensée vraie; car c'est une loi universelle de saine herméneutique qu'en exposant la véritable pensée d'un auteur, il faut expliquer les textes moins clairs par ceux qui le sont davantage, et juger de ceux-là par ceux-ci et non vice-versa. Ajoutons ensuite que les Questions Disputées^ d'oij cette doctrine est tirée, ont été écrites par l'angélique Maître dans la maturité de l'âge, ce qui est d'un grand poids quand il s'agit de bien préciser le sentiment d'un auteur; et enfin, que le saint Docteur use dans toutes ses œuvres si considérables d'un langage, sinon identique à celui qui est cité plus haut, du moins très semblable et presque identique. En voici des exemples:
In parte intellectiva est intellectus possibilis. qui est in potentia ad omnia ifitelligibilia in quorum cognitione consistit intellectualis virtus ; et intellectus agens, cujus lumine intelligibilia Jiunt actu. Quorum quaedam statim a principio naturaliter homini innotescunt absque studio et inquisitione ; et hujus modi sunt principia prima non solum in speculativis^ ut, omne totum est majus sua parte, et si?nilia, sed etiam in operativis, ut^ malum esse fugiendiim^