‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 84 sur 100 · CHAPITRE IX. — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTÉ

de notre science, interiiis lumen intellectiis est principalis causa scie?itiae (i); et cela non-seulement quand l'homme acquiert des connaissances par ses propres études, mais aussi quand il est conduit à la science par le magistère d'autrui, ciwî otnnis doctrina hiimana efficaciam habere non possit, nisi ex virtiite illiiis lumùiis (2). Or, comme cette lumière est la propriété essentielle de l'âme humaine, et comme il est aussi de la nature de l'âme de voir et d'acquiescer aux vérités manifestées par cette lumière, on peut dire justement que nous connaissons naturellemeJit les premiers principes des sciences, et que ces principes nous sont innés, non complètement il est vrai, mais en ce que nous les connaissons par une lumière naturelle à notre intelligence et innée en elle. Cette conclusion, qui répond à la difficulté dont nous cherchons la solution, est explicitement de S. Thomas: Cognitio, quae fit per aliquid natuy^aliter nobis inditiun est natuvalis, sicnt pH?icipia indetnoîistrabiliay quae cognoscuntur per lume7i intellect us agentis (3).

46. Objection et réponse. — Je ne veux pas négliger ici une objection qu'on pourrait peut-être opposer à mon raisonnement. La lumière intellectuelle ne manifeste pas seulement la vérité des premiers principes, mais elle s'étend à toute la science, à toutes nos connaissances. Si donc, par cela seul que cette lumière nous est naturelle et innée, on peut dire rigoureusement que la certitude obtenue par son moyen est naturelle aussi et innée, il sera logique de conclure de même que les conclusions sont connues naturellement comme les principes. Alors pour quelle raison avons-nous restreint avec S. Thomas la connaissance naturelle aux seuls principes ?

(i) I. Qu. CXVII, Art. I, ad. i.

(2) Qq. ûisp. De Veritate, Qu. XL De Magistro, Art. I, corp. Cf. respons. ad. obj. II et 12.

(3) Contra Gentiles Lib. IH, Cap. XLVI, rat. IIL Cf. ib, Comment. Sylvestri Ferrar.

364 UBAGHS ET L IDKOLOGIE DE SAINT THOMAS

L'objection est vraie en partie et en partie fausse. Si dans la science on considère exclusivement l'élément subjectif de la lumière, on peut dire que la certitude des conclusions est naturelle, ainsi que naturelle est, au sens expliqué, la certitude des principes. En effet, les conclusions n'ayant de certitude pour nous qu'autant qu'elles dérivent des principes, et la vérité des principes nous étant manifestée par la lumière intellective de l'âme, sous ce rapport, les principes et les conclusions nous sont connus naturellement: Certitudo scientiae tôt a oritiir ex certitiidine principiorum. Tiim enim conclusiones per ceriiiudinem sciiintiir^ quando resolviintur in principia. Et ideo qiiod aliquid per certitudinejiî sciatur est ex liimine rationis divinitus interius indito (i). Cogtiitio^ quae fit per aliquid natiiraliter nobis inditiim est natiiralis. En ce sens donc l'objection est dans le vrai, nous l'accordons.

Mais qu'on y fasse attention, dans la science, avec la lumière intellective de l'âme, il y a un autre élément différent de cette lumière et qui lui est extrinsèque; il y a la vérité objective des premiers principes, qui sont aussi lumière de Tâme, mais lumière objective (2) (évidence), en tant qu'ils se manifestent immédiatement dans leur vérité à l'intelligence dont ils déterminent nécessairement l'adhésion, et qu'ils rendent évidente la vérité des conclusions. Ainsi nous avons, dans la science qui a pour objet les vérités déduites, deux lumières unies mais distinctes \ l'une subjective, l'autre objective : la première est innée et fait pour ainsi dire partie de l'âme ; la seconde, ni essentielle à la nature de Tâme, ni innée est acquise.

Gonséquemment, on ne peut dire que la connaissance des conclusions soit naturelle dans le sens qu'on le dit de la connaissance des premiers principes ; parce que cette connaissance n'est point XOMlt per aliquid naturaliter iiobis i?iditu?n^ mais

(i) Qu. cit De Magistro, Art. I, ad i3,

(2) Et ipsimi intelligibile vocatiir lumen, vel lux. I. Qu. XII, Art. V. Veritas est lumen intellectus. I. Qu. CVII, Art. II.

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