CHAPITRE IV, RÉPONSE A LA PREMIl'RE DIFFICULTE bOD
bienjcer lumen intellecUts agentis et aussi en même temps per liicem objectivam acquisitani principiorum. Dans les principes, au contraire, l'intellect est en contact immédiat, pour ainsi dire, avec Tintelligible dont la vérité se manifeste à l'âme ; car elle Tillumine avec sa lumière propre, innée et connaturelle, comme je l'ai expliqué. Alors il arrive vraiment que cognitio fit per c.liquid naturaliter nobis inditiim^ et qu'une telle connaissance, en ce sens, peut être dite nattiralis.
Cette doctrine est le fondement de la belle théorie de saint Thomas sur la nature des habitudes scientifiques, théorie que j'exposerai brièvement ici, comme étant très utile pour ce que je veux établir, et aidant singulièrement à l'explication de ce qui précède
47. Ordre de spécification et ordre d'exercice. — Parmi les éléments qui entrent dans l'intellection et dont j'ai parlé ailleurs, il y a la faculté intellectuelle, l'action produite par cette faculté et l'objet intelligible exprimé idéalement dans le verbe mental et terme de la connaissance. Ces trois choses sont ordonnées de telle sorte que la première est ordonnée en vue de la seconde, et que la seconde l'est en vue de la troisième. L'intellect est ordonné pour l'intellection et l'intellection est ordonnée pour l'intelligible, et par conséquent, l'intellect est ordonné à la fois pour l'acte et pour l'objet.
Les anciens, suivis en cela par les plus avisés d'entre les modernes, voulant distinguer l'ordination de la faculté pour l'action de l'ordination de la même faculté pour l'objet, appelèrent la première ordre d'exercice, et la seconde, ordre de spécification! {i). De là, de ce qu'une faculté peut ou ne peut pas s'abstenir de faire une action quelconque, on dit que la faculté est libre ou nécessitée quant à l'exercice [qiioad exercitiwn); et selon que la même faculté, dans son acte, se termine nécessairement ou contingemment, d'une manière
(i)L IL Qu. X, Art. IL
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OU d'une autre, à son objet spécifique, elle est dite libre ou nécessitée quant à la spécification [qiioad specificationejn). Ainsi, pour nous restreindre à notre sujet, si l'intellect ne peut s'empêcher d'avoir une connaissance déterminée, il sera nécessité qiioad exercithim par rapport à cette connaissance ; on le dirait nécessité quoad speciJîcationem^s'\\ devait admettre une proposition comme vraie, sans qu'il lui soit laissé la faculté de pouvoir la juger fausse.
48. Etat de l'esprit dans les certitudes médiates. — Après avoir esquissé rapidement ces principes, appîiquonsles maintenant afin de connaître l'état de notre intelligence dans la certitude de la science ou, pour parler comme les anciens, dans les habitudes des conclusions scientifiques. On définit communément la science : une connaissance certaiîie et épïdente, déduite de principes certains et évidents^ et plus brièvement : une connaissance obtenue par démonstration. De là, l'adhésion donnée aux vérités déduites est certaine, parce que les principes dans lesquels la conclusion est contenue et dont elle est déduite sont certains; et elle est également nécessaire qiioad specijîcationem, par la raison que l'âme ne peut, sans une contradiction patente et pour cela impossible, nier la vérité de la conséquence, dès qu'elle a concédé dans les prémisses la vérité des principes.
Et néanmoins l'esprit peut, absolument parlant, décheoir de cet état de ferme adhésion aux vérités déduites par démonstration, état qui est précisément l'habitude de la science; il peut être ébranlé par un raisonnement contraire, sophistique et d'évidence apparente, de sorte que le doute commence à s'insinuer là où régnait d'abord la certitude, et que le vrai se change malheureusement en fausseté et le faux en vérité dans l'intelligence trompée. C'est là un fait que prouvent spécialement les horribles apostasies d'hommes qui abandon nent les vérités philosophiques et théologiques les plus évidemment démontrées.