‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 86 sur 100 · CHAPITRE IX, — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTK SÔy · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX, — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTK SÔy

S. Thomas cherchant les causes de cette défaillance de l'âme au sein des certitudes scientifiques, raisonne ainsi : toute forme existant en un sujet peut être détruite de deux manières, directement (per se), et indirectement {per accidens) : directement, par la suraddition d'une forme contraire qui expulse la première du sujet en qui la coexistence de ces deux formes est impossible; indirectement, lorsque le sujet informé et de qui dépend la forme vient à périr. Supposé donc qu'une habitude soit (l'habitude est aussi une forme) à laquelle une autre habitude puisse être opposée, et que cela arrive dans un sujet corruptible de sa nature, il est évident que cette habitude pourra disparaître suivant les deux manières susdites. C'est ce qui arrive pour le corps humain, en qui la maladie succède à la santé.

Mais quand le sujet n'est pas soumis à la corruption, l'habitude en lui ne pourra pas se corrompre per accidens, c'est-à-dire indirectement (i). Remarquons toutefois que parmi les habitudes il en est quelques-unes qui, bien qu'étant principalement dans un sujet incorruptible, sont néanmoins aussi de quelque manière et simultanément dans un sujet corruptible; nous en avons la preuve dans l'habitude scientifique, ou dans la science humaine. En effet, bien que la science soit dans l'intellect comme dans son sujet propre, on peut dire cependant qu'elle est encore dans les facultés sensitives, non dans un sens rigoureux et absolu, mais parce que nos connaissances commencent par la sensation, qui est comme la cause fournissant la matière d'où nous viennent primitivement les intelligibles par l'abstraction. Mais l'intellect étant

(i) Secundum se dicitur aliqiia forma cornimpi per contrarUim stium ; per accidens aiitem per corruptionem sui subjecti. Si igitiir fuerit aliquis habitiis, ciijiis subjectiim est corruptibile et ciijus causa habet contrarhim, utroque modo corrumpi poterit, sicut patet de habitibus corporalibus, scilicct sanitate et aegritudine. Illi vero habitiis, quorum subjectum est incorruptibile, non possunt corrumpi per accidens. » I. II. Qu. LUI, Art. I

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essentiellement indestructibk, sa science ne peut disparaître indirectement ou per accidens (i).

Il reste donc seulement à savoir si la certitude scientifique du sujet incorruptible peut souffrir une corruption pej^ se^ ou si elle peut être détruite par une certitude contraire produite par une apparente et illusoire évidence. A cela il faut répondre affirmativement. Pour arriver à la science, c'est-à-dire à la certitude des vérités déduites, il faut raisonner en faisant intervenir deux propositions que l'Ecole nomme pi^émisses. Or on peut opposer à l'une au moins des prémisses une proposition qui la ruine; et, ce qui est pire, à un syllogisme démonstratif, on peut opposer un s3dlogisme sophistique, ayant l'apparence de la vérité au point d'ébranler et même d'évincer la vraie certitude produite par le premier syllogisme et de mettre dans l'âme une conviction contraire (2). Cela peut arriver non-seulement pour les conclusions éloignées, mais encore pour celles qui découlent immédiatement des premiers principes; les vérités morales spécialement sont exposées à cet obscurcissement dans l'àme. Quantum ad pf^aecepta secundaria [quae sunt qua'ii condusiones propmquae priyicipiis)^ potest lex uaturalis deleri de cordibus hominujji^ vel propte7^ malas persuasiones [eu modo quo etiam in speaila-

(i) Sunt tumen habitus quidam, qui etsi principaliter sint in siibjecto incorriiptibili, secundario tamen sunt in subjecto corruptibili: sicut habitus scientiae, qui principaliter quidem est in iniellectu possibili, secundario autem in viribus apprehensivis sensitivis, ut supra dictum est (Qu. L. Art. III, ad. 2). Et ideo ex parte inteUectus possibilis habitus scientiae non potest corrumpi per accidens, sed solum ex parte inferiorum virium scnsitivarum. » I. II. loc. cit.

(2) « Aliquis vero habitus est in intellectu possibili ex ratione causatus, sci- « licet habitus coticlusiomim qui dicitur scientia. Cujus causae dupliciter potest « aliquid contrarium esse. Une modo ex parte ipsarum propositionum ex qui- « bus ratio procéda. Etenim enuntiationi, quae est, bonum est bonum, contra- « ria est ea, quae est bonum non est bonum, secundum Philosophum II. « Periherm. — Alio modo quantum ad ipsum processum rationis, prout syllo- « ^ismus sophisticus opponitur syllogismo dialectico, vel demonstrativo. Sic n igitur patet quod per falsam rationem potest corrumpi habitus verae « opinionis, aut etiam scientiae. » I. II. loc. cit. — Cf. II. Dist. XXIV. Qu. II, Art. III.

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