‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 87 sur 100 · CHAPITRE IX. — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — RÉPONSE A LA PREMIERE DIFFICULTÉ

tivis errores contingiint circa concUisiones 7iecessaHas), vel etiam propter pravas consuetudines et habitus corruptos (i). 49. Etat de l'ame dans la certitude immédiate des premiers PRINCIPES. — ■ II ne peut en être de même de la certitude des premiers principes, qu'ils soient spéculatifs, ou pratiques; Jamais ils ne peuvent être niés ni démentis: Habitas primorum principiorum tam speciilabilium quam practicoriim... mdla oblivione vel deceptione corrumpi posswit (2). D'où vient donc cette différence entre l'une et l'autre certitude? J'ai dit que la ruine d'une certitude déduite provient de deux chefs: i» des éléments immédiats du raisonnement, c'est-à-dire des propositions prémisses^ l'esprit pouvant être détourné de leur vérité par des propositions contraires, vraies en apparence; 2° de la cause de la conclusion, je veux dire du syllogisme auquel on peut opposer un autre s341ogisme sophistique, capable de jeter l'esprit dans l'illusion. Or ces deux dangers ne sont pas à craindre pour les certitudes venant des premiers principes. Leurs éléments sont les intelligibles les plus simples et transcendantaux, représentés par des espèces qui n'ont pas d'autres espèces opposées, parce qu'une espèce ne peut représenter que ce qu'elle représente; d'où l'on dit avec vérité que le faux ne peut entrer formellement dans la simple appréhension. De plus, la cause immédiate de cette espèce, comme la lumière immédiate de ces intelligibles, c'est l'intellect agent, lequel n'a pas de contraire; car il répugne que l'intellect agent, éclairant l'intelligible, ne le montre pas tel qu'il est et tel qu'il l'a formé lui-même.

Il est donc manifestement impossible que l'âme accueille une erreur directement opposée aux premiers principes. Si aliquis habitus sit in intellectu possibili i?nmediate ab intellectu agente caiisatus^ talis habitus est incorruptibilis et

(i) L IL Qu. XCIX, Art. V et VL (2) I. IL Qu. LUI, Art. I.

é'JO UBAGHS ET LIDEOLOGIE DE SAINT THOMAS

per se et pe?^ accidens. Hiijiismodi aiitem siint habitus primorum principiorum tam specidabiliiwt qiiai7i practicomm, qui uulla oblivione vel deceptione corrumpi possimt.

Et nous voici revenu de nouveau et par une autre voie à notre thèse: les premiers principes nous sont naturellement connus parce qu'ils nous sont donnés immédiatement par l'intellect agent, faculté subjective et connaturelle à notre âme. Habitus primoî^u??i principiorum in intellect u possibili immédiate ab intellectu agente causatur. Or, cognitio quae fit per aliquid îiaturaliter inditum est îiatuî^alis. Donc saint Thomas, sans admettre rien d'objectif inné dans notre âme, peut dire avec toute rigueur que la connaissance des premiers principes nous est naturelle, car elle vient de notre nature.

5o. Objection et réponse. — Quelqu'un dira peut-être : de mSme que certains hommes ont abandonné les certitudes médiates, il s'en est rencontré aussi qui ont nié la vérité des premiers principes de la science, tels que les sceptiques. On peut signaler spécialement Heraclite parmi les anciens, et Hegel parmi les modernes; tous les deux se sont accordés à rejeter même le principe de contradiction, le premier des axiomes et le fondement des autres. L'argumentation de S. Thomas n'est donc pas rigoureuse.

Je réponds que, même en supposant vrai ce qui est objecté, mon raisonnement exégétique ne perdrait rien de sa force, parce que s'il est en harmonie avec les doctrines de saint Thomas, il suffit à mon but. D'autre part, il ne faut pas croire qu'un sophiste, à qui il prend fantaisie de nier dans ses discours et ses écrits la vérité des premiers principes, soit pour cela intérieurement convaincu de ce qu'il dit: plusieurs se couvrent du manteau philosophique pour en faire parade, plutôt que par amour de la vérité. Au reste, si quelqu'un désire voir étalées toutes les étrangetés d'Heraclite, qu'il lise Aristote; et quant aux absurdités sans égales d'Hegel, nous

Page 1