‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 94 sur 100 · CHAPITRE VI. — TROISIÈME DIFFICULTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — TROISIÈME DIFFICULTÉ

innata, siint qiiaedain similitiidines ïncreatae petitatis. Unde secimdum qiiod per eas de aliis jiidicamus^ diciiiiur jiidicare de rébus per rationes immiitabiles vel veritatem increatam (i).

6i. Dieu considéré comme objet et comme principe de connaissance.— Cette même doctrine est développée et minutieusement élucidée par S. Thomas dans TArticIe V de la Question LXXXIV, I. P. de la Somme Théologique. Recherchant si l'intellect humain dans cette vie voit les choses immatérielles dans les raisons éternelles et divines, il fait observer d'abord que connaître une chose dans une autre peut s'entendre de deux manières. Premièrement comme dans un objet co?itiu; ainsi l'on voit dans le miroir les images qu'il réfléchit. Cette manière de voir les choses dans les raisons éternelles ne convient point à notre âme dans l'état présent; elle est le propre des bienheureux qui voient Dieu face à face, et en Dieu, les autres vérités (2). Secondement, une chose se connaît dans une autre quand cette autre est le principe de la connaissance; ainsi l'on dit qu'on voit dans le soleil les choses sensibles, parce que nous les vo3''ons par sa lumière. Et c'est en ce second sens que notre âme connaît tout ce qu'elle connaît dans les raisons éternelles, parce que nous connaissons la vérité des choses dans les similitudes participées des raisons divines (3).

En sorte que la lumière de raison qui est en nous n'est rien autre qu'une ressemblance de la lumière incréée où sont contenues les raisons éternelles des choses ; Ipsum enim lumeJi in-

(i) Qq. Disp. De Veritate, Qu. X. De Mente, Art. VI, ad. G.

(2) C^im ergo qiiaeritur, Jitrinii anima hiimana in rationibus aeternis omnia cognoscat, dicendum est qiiod aliquid in aliqito dicitiir cognosci diipliciter- Uno modo, siciit in objecio cognito : sicut aliqiiis videt in speculo ea, quorum imagines in speculo résultant. Et hoc modo anima in statu praesentis vitae non potest videre omnia in rationibus aeternis: se d sic in rationibus aeternis cognoscunt omnia beati, qui Deiim vident, et omnia in ipso.

(3) .4/20 modo dicitur aliquid cognosci in aliquo, sicut in cognitionis principio: sicut si dicamus qiiod iti sole videntur ea quac videntur per solem. Et sic necesse est dicere quod anima humana omnia cognoscat in rationibus aeternis, per qiiarum participationcm omnia cognoscimus.

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tellectuale^ qiiod est in ?iobis^ nihil est aliiui, qiiam qitaedam participata similitudo lumiiiis increati, ifi qito contiïientur rationes aeteniae. Ufidc inPs. IV dicitur : multi dicunt: Quis ostendit nobis bona ? Cui quaestioni Psalmista respondet dicens: Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine. Quasi dicat : pe?^ ipsam sigillationem divini hmiinis in nobis omnia de}?ionstra}:tui\ C'est en ce sens que S. Augustin a dit avec raison que nous connaissons les choses dans les raisons éternelles; non que ces raisons éternelles soient vues par notre intellect pendant cette vie, mais parce que, comme je l'ai répété et expliqué plusieurs fois, nous connaissons les choses dans les premiers principes qui sont une participation de ces raisons, et que nous les connaissons aussi dans la lumière intellectuelle créée, qui est également une participation de la lumière éternelle (i).

62. Conclusion DU chapitre. — ■ Quelqu'un dira peut-être: Mais cette interprétation de S. Augustin est-elle bien vraie ? Je ne veux pas, au moins pour le moment, répondre à cette question; je m'en rapporterai volontiers à la prudence du lecteur judicieux, assuré qu'il ne se persuadera pas facilement que le Docteur angélique se soit si étrangement trompé en commen- |

tant les doctrines du grand S. Augustin, objet pour lui d'études T

constantes et d'un amour de préférence. Quoiqu'il en soit, il î

restera hors de tout doute raisonnable que S. Thomas, niant j

l'innéité de tout objectif dans l'âme humaine, a pu expliquer dans son sens et s'approprier les expressions de son maître S. Augustin: et c'est là ce que je m'étais proposé de démontrer dans ce chapitre.

(i) Quod aiitem Augustinus non sic intcllexerit, omnia cognosci in rationibiis aeternis vel in incomnnitabili veritate, quasi ipsae rationes aeteniae videantiir, patet per hoc quod ipse dicit in libro LXXXIII. Qq. Quod rationalis anima non omnis et^quaecumquc, sed quae sancta et pura fuerit, asseritur illi risioni scilicet rationum aeternarutn, esse idonea; sicut sunt animae Bcatorum.

CO^XLUSIOxN

Sommaire. — Retour à la philosophie de S. Thomas. — G4. Mal et bien. Récapitulation et conclusion.

63. Retour a la philosophie de S.Thomas, — Que le lecteur me permette d'ajouter encore quelques mots comme conclusion aux matières traitées dans cet écrit.

Après trois siècles d'un abandon presque universel, on proclame ouvertement la nécessité de revenir aux principes philosophiques de cet homme extraordinaire que la voix de tous s'accorde à désigner par le nom dAngélique : ceux mêmes qui n'embrassent pas encore ses principes s'inclinent avec respect devant S. Thomas dAquin et s'efforcent (surtout les écrivains catholiques) d'interpréter ses doctrines en faveur de leurs opinions personnelles. Quel changement! Au siècle dernier, le célèbre dominicain De Rubeis s'occupant de faire une nouvelle et plus belle édition des Œuvres de S. Thomas n'eut pas le courage d'affronter l'aversion générale pour la philosophie

386 UBAGHS ET l'iDÉOLOGIE DE S. THOMAS

aristotélicienne ou thomiste, en publiant les Commentaires sur Aristote ; et maintenant, Dieu en soit loué ! nous voyons de nos yeux les recherches empressées qu'on fait des précieux traités sortis de la plume de l'Ange de l'Ecole, afin de les étudier avec amour et, dirai-je, avec un enthousiame merveilleux. Il faut chercher la raison de ce fait sans doute dans la loi qui régit les choses humaines et les soumet au changement, et qui veut que les esprits finissent par se lasser d'errer dans les incertitudes et les doutes des nouveautés philosophiques; mais il faut surtout l'expliquer par l'ordre providentiel de la sagesse divine qui, ayant autrefois suscité S. Thomas d'Aquin comme une lumière pour éclairer les peuples, remet aujourd'hui ses doctrines en honneur, afin qu'elles dissipent nos nouvelles ténèbres comme elles dissipèrent les anciennes (i). C'est là. assurément un splen • dide triomphe pour la philosophie thomiste.

(i) J'écrivais ces paroles dans la première édition de cet Opuscule, et peu après le Concile œcuménique et sacro-saint du Vatican leur donnait une confirmation telle que je ne pouvais la désirer plus grande. Il suffit en effet de parcourir même rapidement les quatre chapitres qui précèdent les canons publiés dans la troisième session, pour voir que dans le concile du Vatican on a renouvelé ce que nous savons avoir été pratiqué dans les autres conciles œcuméniques, tenus après la mort de S. Thomas; c'est-à-dire que, soit pour élucider les dogmes catholiques, soit pour détruire de nouvelles erreurs, TEglise a fait siennes les doctrines et souvent même les expressions de son angélique Docteur. Ce fait si glorieux pour le saint d'Aquin est magnifiquement rappelé par Sa Sainteté Notre Saint Père le Pape, Pie IX, dans le Bref adressé tout récemment (le 9 juin 1870) au Révérendissime Père Raymond Bianchi, Procureur général de l'Ordre des Prédicateurs, pour approuver l'ouvrage précieux qu'il vient de livrer à l'impression sous ce titre : De Constitittione monarchica Ecclesiae et de Infallibilitate Romani Pontificis juxta D.Thomam Aquinatem ejusque scholam. — Qiiam sane (S. Thomae auctovitatem) eo majoris facimiis, dit le saint Pontife, qiiod eximia et prorsiis angelica sanctissimi hiijiis viri doctrina ab ipso Christo Domino commendata feratiir ; et facta testantur, Ecclesiam in œcitmenicis Conciliis post illiiis obitiim habitis tantiim detiilisse scriptis ejiisdem, ut sententiis inde diictis et saepe etiam verbis usa fiterit, sive ad elucidanda Catholica dogmata, sive ad eriimpentes errores conterendos. — Qu'ils méditent ces paroles toutes d'or ces catholiques qui, épris de la nouveauté de certaines doctrines, brillantes peut-être mais sans solidité, croient pouvoir renverser avec elles l'hérésie protcifonne du rationalisme moderne, sans se soucier des doctrines angéliques si chères à l'Eglise, et même (ce qui est pire) en se mettant en opposition avec elles. Après une longue et triste

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