‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie Zigliara (volume 2)Chapitre 95 sur 100 · CHAPITRE XII. CONCLUSION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. CONCLUSION

(54. Mal et bien. — • Nous ne devons du reste pas nous étonner si, dans cet heureux retour à la science de nos pères, nous voyons des hommes instruits et ayant les meilleures intentions s'efforcer d'interpréter les doctrines de S. Thomas de manière à les concilier avec les exigences des théories modernes, au détriment manifeste des premières et à l'avantage des secondes. On devait s'y attendre, parce que les habitudes précédemment formées depuis de longues années dans un esprit se perdent difficilement, et se retrouvent quand on s'en doute le moins. Ainsi en arrivait-il dans les premiers siècles de l'Eglise, lorsque les sages de la Gentilité embrassaient le christianisme. Avec un zèle, louable peut-être et souvent même non sans utilité pour la science chrétienne, ils introduisirent la philosophie dans la théologie ; mais plusieurs se fourvo^^èrent fréquemment, et plutôt que de rejeter les fausses données de la philosophie païenne, essa^-ant de les concilier avec les mystères divins, ils tombèrent en de graves erreurs, au préjudice de la bonne cause.

Ces dissentiments dans l'étude de S. Thomas sont un mal, sans doute, et toutefois de ce mal naît un bien très grand. Ils excitent, en effet, à méditer plus attentivement, à prendre à leur source les doctrines controversées, à peser les expressions, à

expérience, il me semble qu'il est temps de se persuader désormais que c'est seulement par un sincère retour aux principes de S. Thomas (Fadmirable disciple de S. Augustin) que la Philosophie peut s'affranchir des vaines et funestes utopies d'une raison insensée et dévoyée, et remonter à son sublime poste d'honneur, auprès de la théologie catholique, où l'avaient placée les Pères et les Docteurs si sages du Catholicisme. 11 en est qui se plaignent de ce que la philosophie thomiste renferme des obscurités et des mystères dans quelques-unes de ses parties, mais ceux-là devraient pourtant réfléchir que les points obscurs (en des matières secondaires d'ailleurs) sont surabondamment compensés par les doctrines les plus élevées et les plus claires; d'autre part, que la science, telle que l'homme peut l'établir, sera toujours imparfaite et obscure par quelque endroit ; et finalement, que s'il se rencontre quelque mystère dans les doctrines secondaires de S. Thomas (l'obscurité des matières n'en est-elle point la principale causer) les enseignements contraires offrent souvent, en plus du mystère, l'arbitraire et l'absurde, et sur des points d'une capitale importance.

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comparer les textes divers, à suivre le fil logique des arguments pour en recueillir les principes, et à mettre ainsi en pleine lumière des théories constamment reçues par la tradition, mais que personne n'avait la pensée de prouver, n'en sentant pas la nécessité. Comment ne pas reconnaître que les disputes suscitées de nos jours sur les principes de l'idéologie thomiste ont fait grandement approfondir ces théories elles-mêmes, et qui pourrait nier qu'elles n'aient été pour un grand nombre l'occasion de les connaître et de les embrasser ?

65. Récapitulation et conclusion. — C'est donc avec l'intention de bien préciser le vrai sentiment de S. Thomas sur une question idéologique que j'ai voulu moi aussi (à chacun il est permis de s'efforcer selon son pouvoir de faire un peu de bien) écrire ces pages, que je dédie spécialement au très célèbre professeur Ubaghs, homme d'un grand et bien mérité renom et la gloire de l'illustre Université Catholique de Louvain. Ami passionné des œuvres de S. Thomas, il a cru pouvoir démontrer que le saint Docteur était, en partie du moins, favorable au système des idées innées, et pour asseoir son interprétation, contraire au sentiment commun et traditionnel de l'École thomiste, il a produit textes et doctrines; mais les commentaires de l'honorable professeur sont, à mon avis, très loin de la vérité.

Afin d'en fournir la preuve, je pouvais développer toute la théorie idéologique de S. Thomas; j'ai préféré une voie plus courte, sans aucun détriment toutefois pour la netteté de l'exposition. Je suis allé directement à la racine de la Question, en exposant la doctrine du saint Maître sur la passivité primitive de l'intellect humain, doctrine incompatible avec la théorie des idées innées. Car, la nature de cette passivité étant bien précisée, le problème était résolu.

Néanmoins, parce que tous n'auraient peut-être point été persuadés que par cette théorie toutes les idées, et chacune en particulier, étaient exclues, Ubaghs lui-même en ayant

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