CHAP. 111. — L OXTOLOGISME ET LE RATIONALISME
diates toutes deux, diffèrent entre elles, les ontologistes modérés et catholiques raisonnent ainsi : « Deux choses peuvent avoir un élément commun, et différer spécifiquement l'une de l'autre. Ainsi, l'animalité est commune à la béte et à l'homme, et cependant, il existe une différence spécifique entre l'homme et la bête. Il en est de même proportionnellement de la vision ontologique. L'une et l'autre sont immédiates, c'est-à-dire que, milla interposita creattira^ elles ont Dieu pour objet immédiat: c'est là leur élément commun. Mais ce ne sont point des intuitions ou des visions du même genre, par la raison que l'une est un acte naturel^ et l'autre, un acte surnaturel; l'une résulte de la constitution intrinsèque de notre esprit, Tautre, d'un secours gratuit et divin, appelé lumière de gloire ; enfin, l'une a pour objet l'être de Dieu considéré dans ses relations avec les créatures, l'autre a pour objet l'être de Dieu considéré dans ses relations avec les trois Personnes divines. Aussi les éléments propres à la vision béatifique n'entrent aucunement dans la vision extuitive ou ontologique.
"« Si l'on veut y regarder de plus près, il ne sera pas difficile de relever entre ces deux visions une diff'érence nonseulement de degrés comme il a été dit, mais une différence de genre; qu'on les considère subjectivement ou objectivement* Subjectivement^ la différence entre les deux visions est spécifique, parce que l'ontologique est propre à la nature intrinsèque de notre intelligence ; tandis que la béatifique est due à un don tout surnaturel surajouté à la nature. Elles diffèrent aussi objectivement par l'espèce, parce que l'une a pour objet l'aspect rationnel de Dieu, et que l'autre voit l'aspect surnaturel de l'être divin ; or, on ne peut dire que, entre un objet accessible à la raison humaine et un autre objet inaccessible à ses forces naturelles, il n'y a qu'une simple différence de degré. Donc la vision ontologique n'est pas identique à la vision béatifique, et l'ontologisme modéré ne confond pas les deux ordres de la
nature et de la grâce (i). » Après avoir ouï la défense, passons à la discussion critique.
326. C'est une pétition de principe. — Et d'abord je ne crois pas qu'il soit nécessaire de réfléchir beaucoup pour remarquer que l'ontologisme, dans l'argument qui nous occupe, fait une pétition de principe. En effet, quel est le fond de la question ? Savoir i° Si voir Dieu immédiatement peut, oui ou non, être un acte naturel de Vâme^ acte résultant de la constitution intrinsèque de notre esprit ; 2" Si Dieu vu immédiatement ^ mais vu dans ses relations avec les créatures, est ce qui constitue la différence de la vision naturelle avec la vision surnaturelle, à laquelle on assigne pour objet Dieu vu dans ses relations avec les trois Personnes divines ; 3" enfin, si l'aspect rationnel, en supposant la vision ontologique, diffère réellement, non-seulement de degré, mais spécifiquement, de l'aspect suprarationnel. Or, on suppose tout cela dans le raisonnement sus-rapporté, sans en donner aucune preuve, comme si la controverse pouvait être terminée parla simple affirmation de ce qui nient les adversaires de l'ontologisme.
Quant à l'exemple pris de l'animalité, il n'a ici aucune valeur. L'animalité est commune à l'homme et à l'animal, et une différence spécifique les sépare ; mais cela vient précisément de ce que la différence, objectivement prise, est en dehors du concept objectif de l'animalité, ce qui permet de considérer l'une séparément de l'autre. Mais il n'en est pas ainsi en Dieu, parce qu'en lui il n'y a ni genre ni différence, et le Dieu que nous considérons dans ses relations avec les créatures est, ni plus ni moins,- le même Dieu que nous considérons dans les relations des trois Personnes divines. Et si ce Dieu est vu immédiatement et naturellemeiit sous le premier aspect , pourquoi ne serait- il pas vu immédiatement et naturellement sous le second aspect ? Mais je dois traiter ce sujet plus
(i) Sans Fiel et Fabre, 0pp. et loc. cit.
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au long ; laissons donc l'argument et entrons en matière.