Distinction imaginée par l'ontologisme modéré pour
ÉVITER LA CONFUSION DE l'oRDRE SURN^ATUREL AVEC l'oRDRE NA- TUREL DE NOS CONNAISSANCES. — Afin de répondre à leurs adversaires et de conserver la distinction des deux ordres naturel et surnaturel par rapport à la vue de Dieu, les ontologistes catholiques posent en principe la distinction de l'essence divine en métaph3^sique, c'est-à-dire relative ou rationnelle, et en théologique, c'est-à-dire absolue et suprarationnelle. La première est encore appelée iiitivie; et M. Fabre, employant un néologisme peu élégant, nomme la seconde extime. L'essence théologique est ce qui constitue Dieu, comme Dieu en lui-même et dans sa réalité divine; l'essence rationnelle, au contraire, est un attribut que, selon notre manière de connaître, nous appréhendons le premier en Dieu, comme étant la racine de tous les autres attributs divins et qui distingue Dieu de toute créature. La liaison et même la nécessité pour nous de cette distinction admise et enseignée dans les écoles catholiques est évidente. Dieu existe; donc il a une essence propre à lui, par laquelle il est Dieu et se différencie de tout ce qui n'est pas Dieu. Mais quelle créature in via peut nous dire ce que Dieu est en luimême? Il faudrait pour cela qu'elle fixât son regard sur l'essence divine dévoilée à ses yeux; ce qui, ordinairement, n'est pas donné au voyageur. De là, tout ce que nous affirmons de Dieu, remarque Damascène, signifie non sa nature, mais ce qui, pour ainsi dire, entoure sa nature. 'o<ra Si
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Toutefois il n'est pas difficile, pour ne pas dire qu'il est très naturel de mettre, en recherchant les perfections divines, un
(i) Lib 1. De Fide Cap. IV. Opp. Tom. I. pag. 128. Venise. 1748. Je cite l'édition due aux soins du célèbre dominicain Lequien.
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ordre logique entre elles, de sorte que l'une soit conçue par nous comme logiquement générative de l'autre (précisément comme nous faisons pour la coordination de nos idées), et d'aller ainsi de l'une h l'autre jusqu'à ce que nous arrivions à une perfection qui est l'anneau principal, soutenant toute la chaîne des autres perfections, et qui, s'il était ôté, entraînerait la rupture de tous les anneaux secondaires, de manière à ce que Dieu ne paraîtrait plus comme distinct de la créature. Cette perfection suprême, placée par notre intellect pour base et soutien de toutes nos connaissances sur Dieu, est ce qui est appelé dans le langage humain l'essence métaphysique. Comme on le voit, elle ne constitue pas Dieu en lui-même, car en lui la simplicité est parfaite et toutes les perfections divines sont l'essence divine elle-même; mais elle le constitue pour nous, étant donnée notre manière de connaître, puisque nous sommes obligés de connaître ce qui est un et très simple par le moyen de la division et de la comparaison. Or la perception ontologique a pour objet exclusivement l'essence divine métaphysique et rationnelle, et pour cela c'est une perception extuitive, ou une extuition^ comme dit M. Fabre, amateur de nouveaux mots théologiques ; au contraire, la perception surnaturelle est nztiiitive^ et elle a pour terme l'essence divine en elle-même. Cette dernière vision est propre aux bienheureux ; Vexitiitive est celle des voyageurs, elle est précisément la vision ontologique. De là, entre le rationalisme qui attribue Vintuition à l'âme humaine m via^ et l'ontologisme modéré qui s'arrête à la seule extuitio7i^ la différence est immense et palpable (i).
325. Arguments de l'ontologisme pour échapper au blâme d'avoir confondu ces deux ordres. — Afin de montrer que ces deux visions, l'ontologiste et la rationaliste, bien qu'immé-
(i) Sans-FieL De l'Orthodoxie de Vontologisme modéré. Lettre IL g IL Fabre. Défense, etc. Ghap. IIL et Cours de Philosophie nn. 1 1 12 et suiv. Tom. IL page 546.