‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 13 sur 126 · L'Ontologisme ne maintient pas la distinction des · texte numérisé non relu

L'Ontologisme ne maintient pas la distinction des

DEUX ORDRES NATUREL ET SURNATUREL. — CeS doCtrines s'aC-

cordent mal avec rontologi3me, même modéré. L'être infini de Dieu, disent les ontologistes, est la première idée appréhendée par notre esprit, la lumière dans laquelle nous voyons toutes les vérités éternelles, nécessaires et absolues. Mais cette lumière n'est certainement point subjective, elle est essentiellement objective, comme les ontologistes en conviennent et le soutiennent ; conséquemment elle est et doit être pleinement connue de l'esprit, comme l'affirment encore et doivent l'affirmer les ontologistes (2); et ainsi cette lumière doit être encore le premier objet, le premier terme de nos connaissances intellectuelles, comme qu'on explique d'ailleurs cette première intuition de notre esprit.

(i) Huic articula, Deus est trinus, et huic, Ecclesia non poiest errare, et caeteris universis doctrinae christiaUae principiis assentio per infusam fidem, 7ion quod Joannes dixerit aut quivis liomo, sed quod Deus revelaverit : huic autem, Deus revelavit, immédiate credo, a Deo motus per insiinctum specialem. Itaque ex parte objecti ratio formalis movens est divina veritas movens ; sed illa tamen non sufficit ad movendum, nisi adsit causa interior, hoc est Deus etiam movens per gratuitum specialemque concursum. Divus Thomas II-II Qu. n. Art. IX. ad 3. Augustinus II. Confess. Cap. 3. [De Locis thcologicis, Lib. II. Cap. VIIL Prœmiss. ad resp. ad 4I. Et après avoir amplement développé cette doctrine par l'Ecriture et par le raisonnement, il conclut par les paroles que )'ai rapportées dans le texte.

(2) Voir Livre l". Chap. III. n. 10 et chap. XVII. n. 121.

42 LIV. in. — DE L.\ LUMIÈRE OBJECTIVE. — 2^ PART.

D'autre part, quel que soit le système qu'on embrasse sur la nature des idées, il est toujours absolument nécessaire de conserver ce principe incontestable, que l'intellection répugne si l'intelligible n'est pas présent et uni en quelque manière à l'esprit connaissant. Il doit être présent parce que l'absence de l'intelligible c'est l'absence de l'objet lui-même ou du terme de l'intellection, et par suite, la négation de l'intellection; il doit être uni à l'intellect, parce que l'action intellective étant une action immanente, si l'objet est présent à l'intellect, comme nous avons dit que c'est nécessaire, il ne peut que lui être uni. De là cet apophtegme de l'école : Cognito fit,quatenus cognitum est in cognoscente (54). C'est pourquoi, en admettant l'intuition primitive de Dieu, les ontologistes sont obligés d'expliquer de quelle manière Dieu est présent à notre esprit.

S. Thomas énumérant les diverses manières dont l'intelligible peut être présent naturellement à l'intellect, n'en assigne que trois, et un peu de réflexion nous convainct qu'il n'en est pas et ne peut en être davantage; ce sont : la présence directe de l'objet lui-même, la présence par les espèces ou idées, la présence par le signe ou l'effet plus ou moins semblable à sa cause, mais capable de nous donner de cette cause des idées univoques ou analogues, parfaites ou imparfaites : Aîiqidd tripliciter cognoscitiir. Uno modo per praesentiam suae essentiae in cognoscente ; sicut si lux videatuv in ociilo. Alio modo per praesentiam suae similitudi7iis iti potentia cognoscitiva\ sicut lapis videtur ab oculo per hoc^ quod siinilitudo ejusi^esultat in oculo. Tei^tio 77iodo per hoc^quod similitudo rei cognitae non accipitur immédiate ab ipsa re cognita^ sed a re aliqua^ in qua residlat ; sicut videtnus hominem in specido (i).

Or, les ontologistes s'opposent constamment et énergiquement à ce que l'idée directe de Dieu puisse être déduite des

(i) p. I. Qu. LVI.. Art. III. L'Angélique développe plus amplement la même doctrine dans son commentaire sur le livre de Boëce De Trinitate, Qu. I. Art. II.

CHAP. m. — L ONTOLOGISME F-T LE RATIONALISME 40

créatures, en qui le Créateur est réfléchi comme dans un miroir, parce que, disent-ils, l'infini ne peut être déduit du fini, ni le nécessaire du contingent, ni l'absolu du relatif. D'autre part, les concepts qu'on peut se former sur Dieu par les créatures sont des concepts imparfaits, analogues, c'est-à-dire des connaissances médiates, et non des intuitions ou des visions de Dieu même. Ils n'admettent pas même les espèces représentatives, qui sont le second moyen de connaître, suivant l'énum.ération complète de S. Thomas : per praesentiam suae similitudinis in potentiçi cogiioscitiva. Il reste donc que l'intuition ontologique immédiate de Dieu soit produite dans notre âme par la présence immédiate et substantielle de Dieu, tel qu'il est en lui-même: per praesentiam suae essentiae in cognosceute. Mais cette vision, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, n'est ni plus ni moins que la vision béatifi'que, c'est l'ordre surnaturel, c'est même le couronnement de tout l'ordre surnaturel des connaissances, suivant ces belles paroles de l'Apôtre : Niinc cognoscimiis per speciilinn et in aenigmate^ tune autem facie ad faciem. S. Thomas dit aussi : Primae autem cognitioni (per prassentiam, etc.), assimilatur ditnna çognitio quae per essentiam suam videtur. Et haec cogttitio Dei non potest adesse créât urae alicui per sua naturalia (i).

333. Conclusion. — L'ontologisme est donc la destruction de l'ordre surnaturel proprement dit, c'est un système qui renverse toute la théologie telle qu'on l'a toujours enseignée dans les écoles catholiques, c'est le rationalisme, pallié en ce qu'il est formulé par des plumes catholiques qui, partant d'un faux principe, ne veulent pas voir des conséquences qu'elles ne pourraient admettre. Et afin d'exposer plus clairement la logique de ces conclusions, je rapporterai maintenant les raisons des ontologistes dans leur défense, et je les citerai en me servant de leurs propres paroles que je ferai suivre d'une réponse, comme dans une dispute scolastique.

(1) Summa theol. loç. cit,

Page 1