‹ Œuvres philosophiques du Cardinal Thomas-Marie ZigliaraChapitre 18 sur 126 · CHAP. IV. — ARGUMENTS DES ONTOLOGIST ES · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — ARGUMENTS DES ONTOLOGIST ES

torité. Chacun voit comment cette différence de principe constitue une autre espèce de connaissance. Ce moyen, ou principe, ou lumière sous laquelle nous considérons les choses a été nommé ratio siib qua par les scolastiques, et encore simplement objet formel quod. Ainsi, dans la science humaine métaphysique les premiers principes sont la raison objective (objet formel quod) ^ comvae. la lumière de raison en est l'objet formel quo^ ou la ratio siib qua subjective. Dans la science théologique au contraire nous avons la vérité première révélant (l'objectif;, et la lumière de la foi (le subjectif), c'est-à-dire la lumière de la révélation divine, comme je Tai expliqué longuement (33 1).

Maintenant, on demande quel est l'objet matériel dans l'intuition ontologique ? Dieu. Et l'objet formel ? Dieu, répondon, considéré relativement aux créatures. Mais puisqu'on ne peut connaître un objet qu'au moyen d'une lumière ou raison sub qita^ quelle est cette lumière ? Il est clair que ce n'est pas la révélation divine, ni la lumière de la foi, parce que ni l'une ni l'autre ne donnent la vision ; ce ne sont pas davantage les créatures, ni les principes abstraits, selon les ontologistes, parce que ni les créatures, ni les principes abstraits ne peuvent nous donner la vision immédiate ; il ne reste donc plus qu'à dire que la raison formelle de la vision ontologique est Dieu, en sorte que Dieu soit vu par l'objet formel objectif qui est Dieu même, exactement comme dans la vision surnaturelle des bienheureux. C'est donc très imprudemment que M. Fabre a eu recours aux principes scolastiques ; ces principes le condamnent et confirment nos conclusions contraires à l'ontologisme.

M. Fabre (5" proposition) : « Cette vue naturelle de Dieu « n'implique pas non plus la vue surnaturelle des idées qui est « propre aux prophètes et aux bienheureux. »

Réponse. Comme l'Auteur semble parler ici des choses contingentes manifestées par Dieu aux bienheureux et aux prophètes, cette cinquième proposition est hors de la question, et

5o LIV. III. — DE LA LUMIÈRE OBJECTIVE. — 1^ PART.

je passe outre, sans même signaler l'inexactitude théologique du langage.

M. Fabre (6" proposition) : « Nous savons enfin que, en « admettant une connaissance immédiate de l'Absolu, nous ne « détruisons pas la distinction qui se trouve entre l'ordre natu- « rel et l'ordre surnaturel. Il nous est dès lors facile de voir « par là même que l'ontologisme ne confond pas ces deux (( ordres. La distinction de divers objets formels en Dieu suffit, « en effet, pour faire évanouir complètement la difficulté que « quelques théologiens mal avisés opposent à cette philosophie. »

Réponse. M. Fabre termine ici sa défense, et il aurait pu la terminer plus tôt s'il n'avait, sans nécessité, redit les mêmes choses. Je ne l'imiterai pas en cela, et je renvoie le lecteur aux réponses déjà données. Ensuite, que les théologiens qui soutiennent que l'ontologisme confond l'ordre naturel avec l'ordre surnaturel soient des théologiens mal avisés, M. Fabre voudra bien reconnaître qu'ici il ne peut se porter juge, sans s'exposer à s'entendre dire : Nemo judex in propria causa.

336. M. Fabre s'efforce sans y réussir de séparer son ONTOLOGiSME DU RATIONALISME. — Saus-Ficl aussi consacre tout un Dialogue de sa Discussion amicale pour établir que l'intuition ontologique diffère immensément de la vision béatifique ; mais je m'occuperai plus loin des raisons de cet auteur, après que j'aurai exposé quelques doctrines des Docteurs scolastiques et mis en lumière les théories théologiques sur les attributs de Dieu. De cette sorte la discussion sera mieux ordonnée et plus facile. Je passe donc immédiatement aux autres défenses de M. Fabre contre l'accusation d'affinité entre l'ontologisme et le rationalisme.

M. Fabre. « On entend par rationalisme un mysticisme outré « et chimérique, par lequel l'orgueil humain se promet d'arriver « par lui-même, à la pleine possession de l'Absolu (i). . .

(i) Ouvrage cité, n. un,

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